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La forêt de la rocade

le dimanche 03 mars 2019, à 07:27. Posté par Luckraf


    La forêt de la rocade


    Une tâche d’huile noire sur les pavés
    A Feu Vert une heure trente à tuer.

    Sur le pont, la croisée des vibrations lumineuses
    Les flots blancs et rouges qui suffoquent
    La rocade du soir dans l’atmosphère laiteuse
    Le footing commence entre les blocs.

    Exposés aux particules les poumons hésitent
    En tournant à gauche on s’éloigne vite.
    Petit à petit on la sent s’installer
    On se rapproche de la forêt.

    Si grande le soir, elle attire l’homme
    Et l’engloutit comme le pépin sans la pomme.
    La fraîcheur et le calme envahit
    L’espace végétal toujours en sursis.

    Des craquements, le silence des gouttes
    Et au loin le bruit sourd de l’autoroute.
    Circule entre les troncs, les tiges, les brindilles
    L’air filtré des usines à chlorophylle

    Le vieil humus lentement nous accueille
    A marcher doucement sur ses feuilles.
    Ils sont peu nombreux et pourtant à nos pieds
    Les clitocybes cireux se laissent inverser.

    Entre chien et loup nous croisent, sans maître
    Trois chiens-loups silencieux entre les hêtres.
    Près des fourrés, bandeau sur la tête
    Le vieux marcheur au regard oblique s’arrête.

    Dans son for intérieur, un ultime combat
    Planté dans la souche et vaincu par la mousse
    Héros d’acier protège le trésor en bas
    Des enfants des bois jouant de sa mort douce.

    Plus loin la cabane de branches désertée
    Sans scout qui l’ont laissée tomber.
    Au-delà de la clairière, par le sentier généreux
    La bauge du sans-abri mouillé sans feu.

    Les majoufles bien mûres à portée de mains
    Les châtaignes humides et sombres… en vain
    Le jour qui tombe, les doigts qui tremblent
    S’assombrit la forêt par ce mois de novembre.

    Au tournant apparaît le dôme lumineux d’un néflier
    Comme une cathédrale immense ciselée d’or
    Aux fruits miraculeux, blets et sucrés
    Le palais est conquis, il en réclame encore.

    Encapuchonnés, passent sans prendre racine
    Deux jeunes pressés aux effluves de résine.
    Le tronc mort aux balcons d’amadou
    Les barres de béton où les enfants jouent.

    Le chemin du Secret Des Arbres s’en retournera
    Parcouru à la course sans se soucier
    Le jogger à pied double les voitures au pas
    Dans la congestion de la ville, lassé.


    LRP

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commentaires ( 3 ) (Ajouter un commentaire)
nisti le dimanche 03 mars 2019, à 18:57
Bonjour.

J'ai vraiment aimé ce poème, avec la grisaille de la ville et la forêt toute verte mélangées. C'était magnifique. Ça me rappelle un poème de Rimbaud, où il mélangeait des éléments de la forêt et d'autres relatifs à la navigation, cette fois. Vous jonglez entre les deux thèmes avec aisance, et ne perdez jamais le lecteur. J'ai adoré.

Amitiés

domidom le lundi 04 mars 2019, à 16:26
Une belle prose, qui, avec un peu d'attention aurait pu être un superbe classique...
j'ai adoré ce moment de lecture...
A plus, Domie

liameliavq le jeudi 02 mai 2019, à 06:58
Un instantané de vie mis en poésie en vers libres qui relate bien toutes les pensées qui peuvent nous traverser lors d'une course ou d'une promenade.
J'aime ce style particulier qui nous tient en haleine...
Amitiés.
LN.

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