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La forêt de la rocade
Une tâche d’huile noire sur les pavés
A Feu Vert une heure trente à tuer.
Sur le pont, la croisée des vibrations lumineuses
Les flots blancs et rouges qui suffoquent
La rocade du soir dans l’atmosphère laiteuse
Le footing commence entre les blocs.
Exposés aux particules les poumons hésitent
En tournant à gauche on s’éloigne vite.
Petit à petit on la sent s’installer
On se rapproche de la forêt.
Si grande le soir, elle attire l’homme
Et l’engloutit comme le pépin sans la pomme.
La fraîcheur et le calme envahit
L’espace végétal toujours en sursis.
Des craquements, le silence des gouttes
Et au loin le bruit sourd de l’autoroute.
Circule entre les troncs, les tiges, les brindilles
L’air filtré des usines à chlorophylle
Le vieil humus lentement nous accueille
A marcher doucement sur ses feuilles.
Ils sont peu nombreux et pourtant à nos pieds
Les clitocybes cireux se laissent inverser.
Entre chien et loup nous croisent, sans maître
Trois chiens-loups silencieux entre les hêtres.
Près des fourrés, bandeau sur la tête
Le vieux marcheur au regard oblique s’arrête.
Dans son for intérieur, un ultime combat
Planté dans la souche et vaincu par la mousse
Héros d’acier protège le trésor en bas
Des enfants des bois jouant de sa mort douce.
Plus loin la cabane de branches désertée
Sans scout qui l’ont laissée tomber.
Au-delà de la clairière, par le sentier généreux
La bauge du sans-abri mouillé sans feu.
Les majoufles bien mûres à portée de mains
Les châtaignes humides et sombres… en vain
Le jour qui tombe, les doigts qui tremblent
S’assombrit la forêt par ce mois de novembre.
Au tournant apparaît le dôme lumineux d’un néflier
Comme une cathédrale immense ciselée d’or
Aux fruits miraculeux, blets et sucrés
Le palais est conquis, il en réclame encore.
Encapuchonnés, passent sans prendre racine
Deux jeunes pressés aux effluves de résine.
Le tronc mort aux balcons d’amadou
Les barres de béton où les enfants jouent.
Le chemin du Secret Des Arbres s’en retournera
Parcouru à la course sans se soucier
Le jogger à pied double les voitures au pas
Dans la congestion de la ville, lassé.
LRP
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