nu comme un vers

 

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l'éveil au soir

le lundi 11 mars 2019, à 12:04. Posté par soilon


    je rêve que tu te tues
    que tu me laisses tout pantelant
    désemparé et abattu
    des perles d'eau un brin timides
    s'effilochent
    et s'accrochent
    au verre nu de mon globe humide
    elles font en roulant
    des traces de chagrin indécises
    et des tonnes de liquide
    c'est le grand saut
    le beau plongeon
    le mot de la fin de feu monsieur
    comme un fils
    au bout des lèvres le même souffle
    planté bas au bord du gouffre
    et puis les griffes
    perdues au fond du précipice
    pendant que déjà le premier pas
    t'entraîne
    t'amène à disparaître
    me fait me souvenir
    et revenir
    aux jours heureux papier à lettre
    qu'on s'amusait à mettre
    en chiffon
    j'te livre en vrac
    les impressions
    comme elles viennent
    les sentiments comme un bouillon
    je suis knock-out
    plutôt patraque
    laissé pour compte je me disloque
    un peu jeté et mis à sac
    sur le bas-côté de la route
    l'onde de choc
    m'électrocute
    me rend l'estoc
    paralytique
    tu t'donnes la mort
    entre quatre murs
    quatre mètres carrés sans les poussières
    qui sont dehors
    extérieurs jours surtout l'amour
    perdu puni sous les verrous
    la fenêtre un carré un rayon
    avec vue sur l'enfer
    carreaux devant barreaux derrière
    et la toile tendue du ciel
    n'est qu'un vague cimetière
    un champ de ruines dans le décor
    les brouillards de mon rêve se dissipent
    ils partent avec le jour
    en principe
    cependant que tu meurs
    que tu hurles ton désespoir
    vers le large
    vers ces récifs tremblants
    que les dernières lueurs du soir
    éclairent doucement
    mais c'est toi condamné détenu
    le plus libre
    moi je suis prisonnier
    de mon impossible désir
    à te voir revivre

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commentaires ( 3 ) (Ajouter un commentaire)
Philip (Jardin de Lune) le lundi 11 mars 2019, à 18:16
Bonjour Soilon,
Un texte âpre, fait d’abysssales images qui pourraient illustrer le célèbre tableau de Munch, « le cri ».
C’est un peu baudelairien, poussé au paroxysme de ces temps modernes, de cendre et de sang.
Comme une cri qui ne s’arrête plus.
Un intérieur nuit où le cauchemar se répercutera dans l’extérieur nuit.
Celui du gouffre de notre mémoire.

Ainsi, le texte est prenant.
Tu n’as peut-être pas lu mon dernier post….dont je disais que ton précécent écrit m’avais inspiré. Une version d’un Romeo et Juliet un peu « trash » et dur, dans les quartiers de Manhattan.
Eh bien il se trouve que c’est plutôt ton poème qui collerait bien avec mn écrit.
Amicalement. Philip.
(www.mespoemes.net/philipchevalier)

loups85 le mardi 12 mars 2019, à 18:33
Un poème qui ne peut laisser indifférent, dur, aride même mais tellement ressenti que j'en ai des frissons.
Bravo

soilon le vendredi 15 mars 2019, à 16:53
Bonjour loups 85,
Merci de ta visite et de ton commentaire.
Au plaisir de te lire !

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