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Les joueurs d’échecs.
Dans un jardin fameux et pittoresque de Paris,
chaque jour se dessine le portrait de génies.
Discrets, mais visibles en dépassant le Sénat,
ils dressent les échiquiers de respectables combats.
Leurs doigts agiles, souples et fermes à la fois,
rangent chaque pièce, sur les cases du damier.
Vous pouvez vous asseoir et les regarder faire,
surtout ne bougez pas et tâchez de vous taire.
Car, si ces joueurs cultivent les bonnes manières,
ils s’agacent du bruit et de vos commentaires.
Un joueur ose parfois user de calembours,
en troublant le calme du jardin du Luxembourg.
Il agace l’adversaire qui le trouve un peu lourd.
Malgré leur habileté, ils ne sont pas flambeurs.
Avec dextérité ils jouent les coups par cœur.
Ils poussent en un éclair les pions de l’ouverture.
Deux cavaliers se ruent aussi dans l’aventure,
pour contrôler le centre avec désinvolture.
Surveiller, sans répit, la diagonale des fous.
Roquer avec une tour, le roi encore debout.
Commander à la reine son renfort, son courroux.
Au prix de sacrifices réussir les captures,
en protégeant les ailes d’une déconfiture.
Emballer la partie, en tentant de conclure.
Retarder l’abandon, par la liquidation,
tout en forçant le gain pour réduire la pression.
Nos deux cerveaux récitent les parades apprises,
anticipent les attaques et dénouent chaque crise.
L’un et l’autre répondent au gré des habitudes,
aux estocades vaines, empreintes d’incertitudes.
La bataille est rythmée aux aiguilles d’une pendule,
seul moyen, pour pallier, l’excuse du match nul.
La cadence s’accélère pour nos deux automates,
avec des gestes plus vifs, des mesures adéquates.
Le roi blanc, isolé, dans une posture ingrate,
en guise de clôture, tente de se mettre pat.
Mais, aidée de son fou, en réponse immédiate,
soudain la reine noire, proclame échec et mat.
Cette joute amicale, aux actions méritoires,
conjure une fois de plus le sort aléatoire,
par une conclusion sur le fil du rasoir,
donnant à la défaite un côté dérisoire.
Un dernier mot d’esprit, en chute à cette histoire :
avec eux, les échecs, subliment la victoire !
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