|

La lune s’attristait.
Moi, je m’enivrais savamment de son parfum de tristesse…..
(Stéphane Mallarmé)
Aux larmes repenties que pleure l’horizon,
Quand les cieux déversent, en aveugle ennemi,
Ses cargaisons de pluie, ses serments à foison,
Je réponds en rêvant, mon cœur s’est endormi.
Et toi tu m’espères, en priant aux grands vents
Quand le soir s’affaisse pour rejoindre la nuit,
Dans ces rues si froides où nous marchions souvent,
Moi je cours à grand pas, t’offrant mon désennuie
Apollinaire est mort, un matin de novembre,
Les vieux ponts sont en deuil, ils gémissent au Levant,
Tandis que les remords couchés sous la cendre,
Au poète oublié, tissent un chant énervant.
J’ai choisi le partage en ce soir caressant,
Pour égayer ton nid du souvenir de Rois,
Qui de leurs plumes d’Or, de mots assourdissants,
Abreuvent nos espoirs, apaisent nos effrois.
Je me souviens de nous, un jour pas si lointain,
Quand nous marchions transis dans la ville enfiévrée;
La place Vendôme, sa colonne d’airain,
Ecoutait nos serments, nos rires délurés.
Apollinaire est mort en laissant aux frimas,
Le soin d’une oraison pour mieux se consoler,
Pour toi c’est ma chanson, comme un bien noble appât,
Que je veux te dédier pour mieux te consoler.
Les complaintes d’hiver ne sont pas réveillées
Sur ce Paris pluvieux grognant en cadence,
Sur les pavés glissants des rues ensommeillées,
Trainent en maugréant, lambeaux de silence.
Quand tu te lèveras dans le matin blafard,
En lisant tous ces mots que je t’aurai écrits,
La chanson des faubourgs se perdra au hasard
Pour laisser mes serments devenir ton abri/
Apollinaire est mort sous le pont Mirabeau,
Quand le vent nocturne distillait ses adieux.
Demain mon audace viendra au jour nouveau
En habits rutilants, chanter de doux aveux.
La lune s’apaisait,
Et moi, le cœur en paix, je priais savamment en écoutant le ciel…..
|