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inventaire à la Prévert (pour Philip)

le mercredi 03 avril 2019, à 12:11. Posté par soilon


    ceux qui voudraient paraître
    ceux qui ont l'air
    ceux qui se prennent pour
    ceux qui sans le savoir l'ont déjà
    l'air exténué
    ceux qui partiront peut-être
    puisqu'ici c'est l'enfer
    ceux qui ont vu le jour
    où la terre s'arrêta
    ceux qui vivent la nuit
    et qui ont peur du choléra
    ceux qui connaissent tout mieux que tout le monde
    mais que tout le monde ne connaît pas
    ceux qui suivent le protocole
    ceux qui lisent le mode d'emploi
    ceux qui ne disent pas merci
    et qu'on ne salue pas
    qu'on aimerait ne plus revoir
    au moins avant une prochaine vie
    ceux qui comptent sur toi
    ceux qui portent l'espoir
    ceux qui vivent à terre
    ceux qui rêvent debout
    les enfants les curieux et les rares volontaires
    à dormir joue contre joue
    ceux qui sont sur la liste
    ceux qui ne sont pas invités au bal
    ceux qui ont l'œil triste
    ou des idées bancales
    ceux qui se sont perdus
    sur les chemins de la vie
    en oubliant de vivre
    et qui s'en lavent les mains
    ceux qui ne sont pas tout propres
    mais qui donnent le change
    en disant qu'on ne les y reprendra plus
    ceux qui boivent encore quand ils sont déjà ivres
    qui ont un langage de malentendus
    ceux dont la soif d'apprendre
    est inextinguible
    mais que le moindre petit geste tendre
    rend irascibles
    ceux à qui on l'avait bien dit
    et qui n'ont pas tenu compte
    de toutes nos litanies
    ceux pour qui l'espoir
    est ancré dans leur cœur
    comme l'été le soir
    est empreint de douceur
    ceux à qui il ne reste plus rien
    hormis de l'air à respirer
    puisque tout s'en est allé
    glissant entre leurs doigts
    encore une fois
    ceux qui ont cru tout perdre
    l'amour la foi la vie
    sur un coup de dés
    en faisant tapis
    ceux qui ont des lendemains qui chantent
    des envolées aux airs de fête
    qui dodelinent de la tête
    en repensant aux heures sombres
    qui les hantent
    ceux dont la voix est inaudible
    qui auront beau s'époumoner
    personne ne les entendra jamais
    ceux qui savent quand il faut partir
    parce qu'il est l'heure
    parce qu'il est tard
    et que la route fiche le cafard
    ceux qui ne peuvent plus se départir
    de ce sourire figé en coin
    dont l'apparente raideur
    n'est qu'un costume de rêveries
    de nostalgies qui flottent au loin
    ceux qui perdent leur travail
    ceux qui vendent leur maison
    ceux qui mangent à leur faim
    ceux que la faim démange
    ceux qui trouvent à redire
    sur de nombreux sujets
    qui feraient mieux de réfléchir
    avant de parler
    ceux qui regardent grandir leur enfant
    ceux qui refusent qu'on leur prête de l'argent
    ceux qui vous donnent un peu de leur temps
    ceux qui disent oui
    sans y penser
    et qui regrettent quand même un peu après
    ceux pour qui les jours sont comptés
    trois ans deux jours une heure
    on va pas chipoter
    ceux à qui la vie entière ne suffit pas
    à raconter
    ce qu'ils ont fait
    ce qu'ils ont vu
    et qu'on aurait bien aimé accompagner
    ceux qu'on aime par-dessus tout
    qui se révèlent en dessous de tout
    ceux dont le cœur est tellement grand
    qu'on peut s'y perdre une fois dedans
    ceux pour qui la vie n'a de sens
    que lorsqu'on les aime en retour
    les renfrognés les indécis
    les rabougris
    les jusqu'à quand ça va durer
    et qui oublient d'oublier
    exaspérés qu'ils sont
    par tout le monde
    par toute leur vie
    par tout leur être
    les bienheureux combien sont-ils
    sont-ils nombreux
    ceux qui passent à côté
    ceux qui ignorent qu'ils ont tout
    et qui ne s'encombrent pas
    du passé
    des souvenirs lourds à porter
    ceux qu'on adore ceux qu'on adule
    tout ce petit monde qui gravite autour
    de notre bulle
    ceux qui tombent sous les balles
    ceux qui meurent sous les coups
    ceux qui s'aiment à en crever
    et qui sont prêts
    à tout quitter
    ceux qui savent bien ce que c'est
    et qui te disent
    ça va passer
    ceux qui cheminent avec nous
    le long de la vie
    les amis les fantômes les amours endormies
    ceux qui ouvrent la porte
    ceux qui ouvrent les yeux
    ceux qui ouvrent leur cœur
    ceux qui m'aiment me suivent
    et puis tant pis
    on verra bien ce qui arrive


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commentaires ( 7 ) (Ajouter un commentaire)
debbie le mercredi 03 avril 2019, à 15:09
Bonjour Soilon ouf j'ai l'impression d'avoir tout lu sans prendre mon souffle *sourire* Tellement cette lecture est prenante de vérité et qu'on s'y retrouve tous quelque part dans ce poème ! Très beau et bien emmené et j'adore la fin. Merci de ce superbe partage !
Quelle inspiration !
Bel après midi
Amitié
Debbie

soilon le mercredi 03 avril 2019, à 16:00
Bonjour Debbie,
Merci d'avoir lu jusqu'au bout, ce poème peut décourager par sa longueur. ..
Mais il y a tant à dire !
Bonne journée à toi.

soilon le mercredi 03 avril 2019, à 16:08
Chose promise...chose due.
Je poste ce poème qui est un clin d'oeil à Philip.
En effet, lors d'un précédent post, il a utilisé une certaine expression dans son commentaire. Il se trouve que la dite expression était aussi le titre d'un poème que j'avais écrit.
Comme je trouvais ça troublant, je lui avais promis de le poster ici.
C'est chose faite !

Philip (Jardin de Lune) le jeudi 04 avril 2019, à 08:08
Bonjour mon ami,
Je viens te commenter avec un peu de retard, en te remerciant mille fois de m'avoir dédicacé ton poème. Ces dédicaces sont des marques d'amitié précieuses auxquelles je suis très sensible.
Surtout que dans le contenu du poème que tu me dédicaces, il y a beaucoup de choses dans lesquelles je me retrouve. Les inventaires à la Prévert sont souvent pour celui ou celle qui l'écrit, non pas un bric à brac, mais des ressentis qui fusent de l'Instant, sortis de notre Intime ou de notre inconscient, si tu veux.
Il y a tant de questionnement dans ton poème. Sur le sens du Bonhuer ou de la fatalité.
Sur les fantômes venus de nos passés à jamais perdus.
Et puis, toujours teinté du poids de l'inéluctable fatalité, cependant la touche final de l'espoir, sans lequel on ne saurait vivre.
Amitiés sincères, Soilon.
Philip
(www.mespoemes.net/philipchevalier)

Susan* Coquelicot * le jeudi 04 avril 2019, à 10:55
Bonjour Soilon,
Ton inventaire à la Prévert est une réussite …Même si moi aussi je le trouve un peu long !
Mais il est vrai que le sujet est vaste, il y a beaucoup à dire !
Belle journée Soilon.
Amitiés.
Susan

soilon le mardi 09 avril 2019, à 15:02
Bonjour Philip,
Je me suis absenté et je n'avais pas vu ton commentaire.
Heureux que le poème te plaise et que la dédicace te touche !
Merci encore et à très vite de te lire…
Amitiés.

soilon le mardi 09 avril 2019, à 15:06
Bonjour Susan,
Merci pour ton gentil commentaire et ta patience car ce poème est très long, c'est unanime !
Mais parfois plus rien ne nous arrête, on voudrait en dire encore et encore…
Bonne journée, amitiés.

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