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à propos du savoir.
Il y a probablement l’apprentissage linguistique, l’affirmation étymologique, la vérité académique qui font que savoir, c’est sa et c’est voir.
Et sa, c’est le sien ou la sienne. Alors peut-être que savoir, c’est parfois un raccourci verbal pour ne pas dire, écrire ou décrire sa façon de voir. Et si le savoir, c’est une façon particulière de voir, l’autre doit s’effacer devant l’hégémonie d’une pensée qui s’exprime, sûre et déterminée, car elle est non seulement la façon c'est-à-dire la manière, la méthode et la règle mais encore le devoir de cette façon et la signification du « point de vue », autrement dit du voir.
Comme le maçon maçonne, la façon façonne et ce que l’on voit est une construction de l’esprit qui repose sur des fondations que l’autre ne voit pas et au regard duquel nous laissons entrevoir la représentation de cette petite maison que dessine tout enfant (et ça n’est pas un mouton), avec un visage aux angles soupçonneux ou aux rondeurs conviviales, avec une bouche close ou à peine entrouverte, avec deux yeux rectangulaires bordés de délicates paupières en dentelle, avec un crâne pointu couvert de tuiles serrés, avec une cheminée de laquelle s échappe une fumée opaque et épaisse, avec la mer du Nord pour dernier terrain vague. Et si le savoir devient sien pour ne pas partager, la maison est cernée d’une grille en fer forgé (j’écris fer mais c’est aussi faire). Une pancarte est plantée devant avec l’inscription repoussante et menaçante : « propriété privée », « défense d’entrée », « attention chien méchant », « étranger indésirable ».
Mais savoir au présent, ça fait sais (et pas fessée). Le voir s’efface pour ne laisser seulement que sais. Alors ce que l’on sait n’est pas ce que l’on voit ou qu’il n’est pas nécessaire de voir pour dire ce que l’on sait.
Au passé, savoir devient savais et vais c’est le verbe aller. Le savoir c’est là d’où l’on vient, vers où l’on va sans savoir si ça va. Le savoir n’est pas la fixité et la rigidité mais la distance qui nous sépare de l’endroit où l’on naît et d’une destination connue sinon c’est qu l’on ne sait pas et nous ne pouvons pas l’atteindre puisque pour dire savais il faut forcément dire sais car c’est dans le présent que nous prononçons le passé et que nous balbutions le futur.
Au participe présent, ça fait savant… Non c’est sachant. A croire que le savant ne sait pas et que pour lui, la formulation des questions est plus importante que les réponses énoncées. Le savant sachant que toute réponse, même démontrée, contient la somme des interrogations nouvelles qu’elle suscite. Mais dans sachant il y a aussi chant et le savoir se fredonne comme une douce mélodie qui berce nos illusions, trouble nos sens et égare nos regrets.
Au futur, savoir se nomme saura et dans saura il y a ra… et Râ c’est le soleil, source de lumière, de chaleur et d’éternité. Ainsi, le savoir au futur permet de quitter l’obscurité, vaincre les ténèbres, allumer les feux de la connaissance, entreprendre la quête de l’immortalité. Sorry… ra c’est sans t. Parce qu’avec un t, rat est un vulgaire et insignifiant cobaye de laboratoire que sacrifie le savant pour poser les questions et démontrer les réponses à partir des réactions de l’affreux animal.
Je peux savoir que le carré de l’hypoténuse est égal à la somme des carrés des deux autres côtés. Mais quand j’écris carré, qui peut savoir qu’il s’agit d’un triangle s’il ne sait pas ou s’il ne le voit pas. Et même si l’on sait une telle formule, c’est pour en faire quoi ?
Je peux faire tourner la clé de contact d’une automobile et ne pas savoir les éléments constitutifs et les étapes successives qui font que le moteur démarre.
Le fait de ne pas faire ne signifie pas qu’on ne sait pas. Le fait de ne pas savoir n’empêche forcément de faire. Nous pouvons connaître la formule ou activer la clé.
Nous pouvons dire, écrire, décrire ce que l’on sait mais faut-il le voir pour le croire. Nous pouvons dire, écrire, décrire ce que l’on sait mais faut-il croire ce qu’on voit.
Nous pouvons dire, écrire, décrire ce que l’on fait mais peut-on savoir ce qu’on voit. Nous pouvons dire, écrire, décrire ce que l’on fait mais peut-on voir ce qu’on sait.
Dans le savoir il y a les connaissances, dans le faire il y a des aptitudes. Nous pouvons connaître et ne pas être apte. Nous pouvons être apte et ne pas connaître.
Le seul individu capable et sachant est-il celui qui peut dire, écrire, décrire à la fois qu’il connaît et qu’il est apte. Et celui ou celle qui ne peut prétendre à cela n’est qu’un incapable. Et s’il est incapable, sa connaissance est prétentieuse quand il n’est pas apte. Son aptitude est humble quand il ne connaît pas.
Ne dit-on pas cependant qu’il y a des choses que nous faisons sans le savoir parce qu’elles sont innées et des choses que l’on ne fait pas même si nous savons parce qu’elles sont refoulées.
Nous pouvons lire, savoir et décider que ce qu’on lit est un savoir qui fait. Nous pouvons lire, savoir et décider que ce qu’on lit est un faire qui sait.
Mais quand nous lisons, la seule chose à peu près certaine c’est que nous savons lire. Encore que savoir lire c’est toujours savoir donc sa façon de voir et pas uniquement de lire.
Le savoir n’est pas simplement une question de méthode mais d’avis et d’humeur.
La méthode est le savoir faire, l’avis est le savoir exprimer et l’humeur est le savoir être.
Et si le savoir n’est pas que ça ou plutôt justement si le savoir c’était aussi ça, c'est-à-dire le fameux ça, vous savez le moi et le ça. Il faut alors l’écrire çavoir (c, cédille, a et voir).
Qu’est-ce-que le ça voit que le moi ne veux pas savoir ? Qu’est-ce-que le ça sait que le moi ne veux pas voir ?
Et le moi qui se montre, est-il connu du ça qui le regarde ou perçu par le moi qui l’observe ? Et le ça qui ne se montre pas, est-il à connaître par le moi et pour le ça de celui ou celle à qui il apparaît ?
Il faut ça voir répondre et savoir questionner, ou l’inverse, ou les deux, ou ni l’un ni l’autre.
Car le ça souffre ce que le moi n’endure pas et endure ce que le moi souffre… A bon entendeur, ça lu.
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