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Les pierres
I ( Dédié à une vieille église détruite qui pour
moi a plus de valeur que Notre Dame de Paris )
Citadelles de nos vestiges
Tournant la clé de leurs secrets,
Dans le silence qui les fige,
Les pierres se sont emmurées.
Depuis des siècles qu’elles cloisonnent
Nos peurs et nos lamentations,
Entre leurs murs , la vie résonne
De leur écho en perdition.
Elles ont fissuré les âges
Sans que l’oubli n’ai lézardé
Les si fragiles témoignages
Que le temps a élaboré.
Ce temps qui a brisé l’armure
De ces vestiges sans abris
Où herbes folles, pans de verdure
Embellissent leur agonie.
Pierres Gothiques, pierres Romanes
De cathédrales ou d’abbayes
Détruites par des mains profanes
Ou par le feu d’un incendie.
Sous le silence de leur voûte,
J’entends prières et pardons,
Et même si de Dieu je doute,
Je ne leur fait aucun affront.
Pierres défuntes, pierres tombales,
Dernier toit abritant les morts,
Combien de vivants sur ces dalles
Viendront déposer leurs remords.
Parfois dolmens, parfois statues,
Issues de légendes opaques,
Leur mystère aura survécu
Quelque part sur l’Ile de Pâques.
Certaines sont plus solitaires,
Abandonnées, inconsolables,
Fortins oubliés du désert,
Pour devenir des grains de sable.
D’autres mystiques, philosophales,
Extraites de vies transmutées
Cherchent dans l’alchimie opale
La quête d’une éternité.
Pierres précieuses, de parure,
Simples bijoux de fantaisie,
Le reflet de leurs ciselures
A les facettes d’un rubis.
Pour mieux exhiber leur beauté,
Elles se pendent à un coup,
En améthystes abhorrées
Jalouses d’un simple caillou.
Pierres rebelles, pierres de fronde,
Vous êtes bien ces messagères
Posées sur la laideur d’un monde
Dont la beauté n’est que précaire.
Pierres révoltes, d’ Intifada,
Lapidant les années de guerre,
Teintées de ce rouge grenat
A force de meurtrir les chairs.
Pierres brisées et mutilées
Par notre folie destructrice
Seule la mousse peut masquer
Le béant de vos cicatrices.
II
Les pierres dans leur sérénité
N’ont pas besoin de fondation
Pour qu’on découvre émerveillé
Leur véritable dimension.
Leur froideur parfois déconcerte,
On n’en devine leur splendeur
Qu’au moment où ces blocs inertes
Sont façonnés par un sculpteur.
Après des années de façade,
Cachant si bien leur décrépit,
Si notre présent les dégrade,
Leur passé nous laisse en sursis.
Leur peau, leur teint de diaphane
Se fait buriner par le vent,
Et l’hiver souvent les condamne
Quand par grand froid, le gel les fend.
Devant leurs plaies, que sont nos rides
Gravées par la pointe des ans ?
Nos pauvres vies sont insipides
Et manquent de tout fondement.
Les siècles en ont forgé l’Histoire,
Toujours debout ou effondrées,
En restaurant notre mémoire,
Elles cimentent le passé.
Ne cherchez pas dans les bas-fonds,
Où l’homme bâtit ses mystères….
L’amour s’écrit sur les frontons
Des cœurs qui ne sont pas de pierre.
Claude le 21 Avril 2019
( ancien poème retravaillé )
( comme la pierre )
https://www.youtube.com/watch?v=B1JWbalA8sE
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