|
Le miroir raconte le monde fidèlement,
si c’est un bon miroir,… mais même bon,
il ne peut s’empêcher de mélanger le réel
pour recréer un univers évanescent.
Ici il rapproche, là il éloigne des éléments.
Là il force le trait, là il estompe des objets
Ce chaos réinventé s’organise par la lumière
Instantanés en noir et blanc, surexposés.
J’ai vu une forêt d’êtres humains se refléter
Dans la vitrine du Grand Magasin un peu sale.
Foule illusoire dont j’entendais les battements de coeur.
Lorsque je me suis retourné, je n’ai vu que des yeux.
Puis, une armée de pieds bottés ou raccommodés.
En courant, j’ai pris la fuite vers le ciel gris de Paris.
Tentative vaine de reprendre parmi les gazs, son souffle.
Les uns fumaient, les autres non.
Tous avait de la fumée qui sortait de leur bouche
Les uns parlaient, les autres non,
Tous avait de la fumée qui sortait de la bouche.
La bombe avait explosé un peu plus loin.
Pas très loin mais assez loin pour qu’on n’en ressente pas le souffle.
Le bruit était là, les cris se détachaient, la fumée était là,
Le dicton était juste qui disait :
« Pas de fumée, sans feu ! »
Pourtant nulle flamme n’éclairait la nuit.
Juste des lampadaires et des néons dans les vitrines.
Qui croire ?
Sa pupille était noire comme sa veste.
Mais son pantalon était brun comme ses yeux.
Mariage de couleurs,
Harmonie de la terre.
Idéal pour fumer le calumet de la paix.
La peau est sombre, beaucoup plus que mes pensées.
Mais on ne pouvait savoir si elle était noire ou brune.
L’incertain et le doute m’assaillent.
Comment tenir pareil front ?
« Accepter l’incertain » disait l’Ancien « Reste le plus certain. »
Tout à coup je me sens las.
Je ferme les yeux, fort, et le blanc étoilé se fait : Ouf !
Me voilà sauvé des flammes de l’enfer.
La frontière la plus proche est celle des nuages en maraude le long de l’avion.
La frontière la plus confondante est la ligne blanche et bleue qui découpe le ciel
Entre mer de vapeur d’eau et grand ciel baigné éternellement de soleil.
Le nuage se forme, se déforme et s’évapore laissant la place libre
Pour que les rayons d’or prennent leurs aises comme dans des thermes antiques.
|