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La Maîtresse
Des bruits de clefs, un mouvement de cuir chargé
Tout d’un coup la maison s’anime, le foyer reprend.
Pour l’instant le silence des mots, le regard injecté.
Un papier, un verre d’eau. Elle redonne vie à ses écrans.
Soudain les faits d’arme, les blagues de collègues surgissent
Ecrivant sa légende tel Homère d’ Ulysse
Elle raconte d’un coup les faits et gestes
Le non verbal et le reste
Avec détails et passion
Son énergie, sa frustration
Jusqu’à vider son sac de classe.
Il lui faut du temps pour que la rage passe.
Ca y est, elle est là, elle retrouve ses racines
Ses enfants, son chat, son mari qu’elle taquine.
Dans une bise, une caresse, un mot qui rassure
Jules, je te vois, n’oublie pas tes chaussures !
La machine reprend, les commandes, les courriers
Elle active son réseau et tout est planifié.
L’engrenage du temps qui file derrière l’ordi
Les dépenses les sorties les vacances les amis
A cette heure les casseroles crépitent et tonnent
Et dans l’escalier la cloche sonne
A table Kevin, Bourak, Léo et Zinedine
En votre compagnie tous les soirs votre maîtresse dine
A chaque bouchée, enfance perdue, insécure, délabrée
Entre négligence, violence et suivi CMP
Pas facile de grandir dans des milieux si hostiles
Elle partage un peu ton quotidien, gamin des grandes villes.
En silence sous le spot, avec toi ses yeux lui piquent
Une pile de cahiers, du rouge avec un Bic.
Puis vient le temps du chocolat-tisane
Dans le canapé, sous la couverture, le corps en panne
Souvent le soir est calme…mais, d’un regard
La flamme dans ses yeux péridot repart
A la pleine lune, il arrive, l’alpiniste des rideaux
Attiré tel un tigre de Dali par sa peau.
Il l’habite et la coince d’un tour de clé
Et déchire ses habits de ses griffes acérées.
L’espace d’un instant pourtant elle est sa maîtresse,
Dehors le vent souffle, les branches sont en liesse.
Les hurlements du loup par un soir de septembre
Finissent par venir à bout de son cœur tendre.
La nuit, elle rêve au carrefour des mondes
Allons enfants ! Ralliez-vous à moi
Elle s’agite, elle crie, elle gronde
Jules Ferry, Léon Blum en émoi
Syndicats or et sang qu’êtes-vous devenus ?
La solidarité des anciens, un monde révolu.
Entre le marteau et l’enclume, restriction budgétaire
Son métier s’abime, il y a trop de fonctionnaires.
A l’aube, la belle rousse aux yeux verts s’éveille
Sa peau douce de lait, chaude de câlins
Devant la glace, elle se prépare à merveille
Un café, du fard, un zeste de parfum
Complètement accro, je regarde partir mon héroïne
Qui tient l’avenir du monde entre ses mains.
Elle est belle, forte, généreuse et fine
Le temps est suspendu, notre amour est sans fin
LRP
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