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Jean-Pierre Marielle revisité (1932-2019)

le jeudi 02 mai 2019, à 15:54. Posté par Michel Ernest


    Depuis que la mort insidieuse
    De la terre a chassé son corps
    Je l'entends qui nous parle encore
    De sa voix chaude et caverneuse

    Avant qu'elle ne se perde
    Dans les méandres d'autrefois
    Avec moi répétez trois fois
    "Nom de dieu de bordel de merde !"

    Parfois grossier, jamais vulgaire
    Qu'il fût marquis, ou bien maraud
    Il prononçait de vilains mots
    Comme on déclamerait des vers

    C'est à Paris que naît Jean-Pierre
    Mais c'est dans l'Yonne qu'il grandit
    Car ses parents ont fait leur nid
    Entre Vézelay et Auxerre

    Dès mil neuf cent quarante-quatre
    Avec des copains collégiens
    Et puis des amis lycéens
    Jean-Pierre s'adonne au théâtre

    À vingt ans il quitte la clique
    Ses études et ses parents
    Monte à Paris, la fleur aux dents
    Suivre des cours d'art dramatique

    Il s'inscrit au Conservatoire
    Là même où Jean-Paul Belmondo
    Claude Rich, Annie Girardot
    Tout comme lui cherchent la gloire

    C'est avec un satisfecit
    Qu'il en sort quelques temps après
    Puis c'est au Théâtre-Français
    Que sa muse le sollicite

    Enfin un théâtre l'embauche
    Pour réciter Harold Pinter
    Un auteur révolutionnaire
    Qui enflamme la rive-gauche

    Pour Jean-Pierre ce n'est pas drôle
    De déclamer chaque soirée
    Alors il choisit le ciné
    Où il décroche un petit rôle

    En mil neuf cent cinquante-six
    Il tourne un film "Charmants garçons"
    Où il tient une réception
    Sans qu'un seul mot l'acteur esquisse

    Dans le cabaret, il se lance
    En compagnie de Guy Bedos
    Mais là aussi la piste est fausse
    Il doit ailleurs tenter sa chance

    Comme le cinéma lui manque
    Il active ses relations
    Qui l'embauchent dans "Le Mouton"
    Puis dans "Faites sauter la banque"

    Il tourne "Week-end à Zuydcoote"
    Et "Un monsieur de compagnie"
    Puis divorce de sa chérie
    Qui est partie avec un pote

    C'est alors libre comme l'air
    Jouant "Le Diable par la queue"
    Où Montand nous sort le grand jeu
    Qu'on retrouve un divin Jean-Pierre

    En mil neuf cent soixante-douze
    Dans "Sex-shop", il est un pervers
    Puis en avril devant le maire
    Michelle-Charlotte, il épouse

    À peine sorti de l'église
    Jean-Pierre dit de sa voix mâle
    Chérie, je dois faire ma malle
    Pour aller tourner "La Valise"

    Le mariage passe à la trappe
    En revanche les films s'enchaînent
    "Les Galettes de Pont-Aven"
    "Cours après moi que je t'attrape"

    Nominé aux premiers César
    Jean-Pierre égrène les prouesses
    "Cause toujours… tu m'intéresses"
    Montre le génie de son art

    Son charme lui vaut derechef
    Une romantique aventure
    De laquelle François-Arthur
    Naît dans les délais les plus brefs

    Arrivé à la cinquantaine
    Jean-Pierre acquiert un tel renom
    Que dans le film "Coup de torchon"
    Il passe pour un phénomène

    "Signes extérieurs de richesse"
    Lui donne le rang de comique
    Bien que sa vie soit dramatique
    Car son épouse le délaisse

    En mil neuf cent quatre-vingt-sept
    "Les mois d'avril sont meurtriers"
    Lui vaut d'être "césarisé"
    Chez les cinéphiles helvètes

    Auprès de Sandrine Bonnaire
    Il joue "Quelques jours avec moi"
    Où il incarne avec émoi
    Un directeur fort débonnaire

    Vers les années quatre-vingt-dix
    Peu de rôles lui correspondent
    À part "Tous les matins du monde"
    Ses apparitions ralentissent

    Il pense obtenir un César
    Quand un autre acteur, point en vogue
    Qui incarnait Vincent van Gogh
    Lui souffle, à bon droit, la victoire

    Il vient d'avoir la soixantaine
    Quand il sort "Max et Jérémie"
    Avec deux de ses bons amis
    Et un brillant metteur en scène

    Il poursuit sa belle carrière
    Sur les planches durant deux ans
    Et sous les applaudissements
    Il décroche enfin un "Molière"

    Avec Rochefort et Noiret
    Jean-Pierre incarne un des "Grands Ducs"
    Non pas un noble avec perruque
    Mais un vieil acteur sans succès

    À soixante-sept ans, Jean-Pierre
    Tourne avec André Dussollier
    Un film assez particulier
    Où ils jouent leurs propres chimères

    En deux mil trois, c'est à Florence
    Qu'il épouse sous les flonflons
    L'actrice Agathe Natanson
    Une très chère amie d'enfance

    Peu-après, dans "Les Âmes grises"
    Face à son ami Villeret
    Il joue un procureur suspect
    Qui annonce bien des surprises

    À soixante-quinze ans "et des brouettes"
    [Comme il dit familièrement]
    Dans "Faut que ça danse !", aisément
    Il se fait danseur de claquettes

    Puis, avec sa femme, au théâtre
    Il joue la tendre comédie
    Bien que contre sa maladie
    En secret, ils doivent se battre

    Car Jean-Pierre a tous les symptômes
    De la maladie d'Alzheimer
    Et huit ans plus tard, il se meurt
    En chuchotant sur ses diplômes :

    Les "César" ? J'en n'ai rien à foutre
    On ne veut pas, dans l'au-delà
    De comédiens de tombola
    Dans une tombe, l'on passe outre !

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commentaires ( 3 ) (Ajouter un commentaire)
gymnote29 le jeudi 02 mai 2019, à 16:05
Très bien écrit vous lire fut pour moi un beau moment d'égarement, cordialement jean françois

luckraf le jeudi 02 mai 2019, à 16:45
Bonjour Michel,
Merci pour cette biblio poétique qui retrace une vie en quelques vers.
Quoi de plus beau que de finir sa vie en poème!
Bonne journée
Luckraf

rivaudais le vendredi 03 mai 2019, à 00:00
J'ai apprécié. Une fois de plus. Et je crois que lui aussi aurait apprécié. Merci

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