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Lino Ventura revisité (1919-1987)

le mercredi 08 mai 2019, à 09:30. Posté par Michel Ernest


    Lino possède un privilège
    Qui le fait être aimé encore
    Plus de trente ans après sa mort
    Pour sa fondation "Perce-Neige"

    Mais est-il Rital ou Français ?
    Ancien professionnel de lutte
    Ou bien simplement une brute
    Né d'un mafioso calabrais ?

    Je vais tenter en quelques lignes
    De mettre un terme à ces questions
    Et par cette même occasion
    Vous conter son histoire digne

    Lino Ventura naît à Parme
    En mil neuf cent dix-neuf, ou vingt
    La ville aux pieds des Apennins
    Ne manque certes pas de charme

    Mais ne nourrissant pas son homme
    Le père Ventura la fuit
    Pour aller chercher à Paris
    Ce qu'il ne trouve pas à Rome

    Lorsque mère et fils le rejoignent
    Le père est porté disparu
    Alors ils dorment dans la rue
    Loin de leur Emilie-Romagne

    La communauté italienne
    Qui est installée à Montreuil
    Les loge quelques jours à l'œil
    Mais trop de problèmes surviennent

    Ils émigrent vers le neuvième
    Arrondissement de Paris
    Dans un petit hôtel garni
    En attente d'un H.L.M.

    La mère est femme de ménage
    Et Lino est jeune écolier
    Qui apprend à lire et compter
    Sans mal dans un nouveau langage

    À dix ans cependant, le mioche
    Doit laisser tomber ses copains
    Pour s'en aller gagner son pain
    Et quelques sous d'argent de poche

    Mais chaque soir, ils se retrouvent
    À faire le foin dans un square
    Et bien qu'il soit très pantouflard
    Avec eux le catch, il découvre

    Un jour, un champion olympique
    De la lutte gréco-romaine
    À la salle de sport l'entraîne
    Pour en faire un athlète unique

    À vingt ans, il rencontre Odette
    Mais l'Italie devient fasciste
    Alors leur amour se fait triste
    Comme Roméo et Juliette

    Lino est enrôlé de force
    Dans un régiment du "Duce"
    Il déserte pour se marier
    Et d'avec l'Italie divorce

    Lorsque se termine la guerre
    De sa cachette, enfin il sort
    Et dans son respectable sport
    Il reprend sa belle carrière

    Lors, dès que Lino est au top
    Grâce à sa carrure inouïe
    Il devient champion d'Italie
    Avant d'être champion d'Europe

    Mais à trente ans, sa vie se brise
    Après un coup dur sur un ring
    Il se tourne vers les meetings
    Qu'avec brio, il organise

    Bientôt un réalisateur
    Qui tourne en studio à Paris
    Le film "Touchez pas au grisbi"
    Cherche un costaud pour faire acteur

    Un ami commun lui présente
    Un certain Ventura Lino
    Qui obtient le rôle illico
    Et qui, les spectateurs, enchante

    Les cinéastes se l'arrachent
    Il n'a pas le temps de dire "ouf"
    Qu'il joue dans "Razzia sur la chnouf"
    Un chef de gang avec panache

    Durant l'année cinquante-sept
    Il tourne cinq films d'affilée
    Dont deux films de Gilles Grangier
    Où il est presque la vedette

    Puis il incarne le "Gorille"
    Un redoutable agent secret
    La même année où Linda naît
    Sa troisième petite fille

    Malheureusement la gamine
    Est lourdement handicapée
    Et comme on ne sait la soigner
    Les Ventura font triste mine

    Il joue dans "Maigret tend un piège"
    Et "Ascenseur pour l'échafaud"
    Un policier antihéros
    Dans un imperméable beige

    Son rôle dans "Classe tous risques"
    Avec Milo et Belmondo
    Par la presse emballée lui vaut
    Une étoile et trois astérisques

    Puis, dans "Un taxi pour Tobrouk"
    Il est un acteur sans pareil
    Dans "100 000 dollars au soleil"
    Il est un chauffeur, dit "Le Plouc"

    Lino devient l'un des poids lourds
    Du cinéma hexagonal
    Il peut jouer un grand général
    Aussi bien qu'un truand balourd

    "Les Tontons flingueurs", "Les Barbouzes"
    Sont des rôles où il s'impose
    Dans "Cosa Nostra", il explose
    En mil neuf cent soixante-douze

    "L'Aventure, c'est l'aventure"
    Lui confère un rôle comique
    Alors qu'au milieu d'une clique
    Il est supposé jouer les durs

    Peu à peu il change de rôle
    Il joue des types plus humains
    Dans "Espion lève-toi", ou bien
    Dans "Un papillon sur l'épaule"

    Après les "100 jours à Palerme"
    "Les Misérables", "Garde à vue"
    Lino paraissant bien fourbu
    À tous projets veut mettre un terme

    Il a plus de soixante berges
    Et souffre d'un mal aux genoux
    Lors, il se retire à Saint-Cloud
    Et entre amis, il se goberge

    "Le Ruffian", "La septième cible"
    Clôturent sa longue carrière
    Il se consacre à part entière
    À Linda, sa cause sensible

    En mil neuf cent quatre vingt-sept
    Lino fait face à une attaque
    Mais là, c'est d'un coup de matraque
    Que son cœur, vers la mort, le jette

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commentaires ( 2 ) (Ajouter un commentaire)
ptigaby le mercredi 08 mai 2019, à 09:58
Merci pour lui. Gabriel.

La Mouche Nounouche le mercredi 08 mai 2019, à 15:59
Merci de ce bel hommage à un Homme qui le méritait bien et à un modèle de droiture et de modestie. Il était du genre discret, s'effaçant même lorsqu'il était devenu célèbre pour céder sa place dans le train à une mère et son enfant par exemple ( c'est arrivé à ma mère et une de mes sœurs, entre Angers et Paris) La brute avait un grand coeur et n'était pas si rustre que cela juste un peu bourru, sans doute pour se protéger.
Merci Michel pour ce bel écrit. Amicalement Yves

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