|
La Vérité en Rêve.
…..Au Matin, la Conscience s’ébroue du Poids des Songes inconscients de la Nuit et de leurs Restes, s’extrait peu à peu de la Gangue profonde du Rêve, épaisse et lourde pourtant inconsistante, Volutes, Fumée, Vapeur, mouvantes Formes ondulantes glissant vers leur Effacement, Nuages et Personnages à la Dérive, déchirés, précipités dans le Méconnaissable, échappant à la Saisie de la Mémoire, Trous dans la Chaîne des Raisons, Scènes de Vie apparemment incohérentes. Au Matin, la Conscience diurne se lave lentement des Scories et des Cendres du Nocturne, des Mondes irréels ou trop réels qu’enfante le Sommeil aux Viscères de l’Esprit cérébral, Récits confus entrelacés, Folie, Lambeaux, Histoires tronquées, Images vénéneuses et Logorrhées comminatoires, Discours funèbres pour Personne sur des Dunes de Tombes, Paroles de l’Effroi du Rien aux Syllabes de Sable, Corps à jamais absentés, infinis Cénotaphes de Grès…
Au Matin, ce sont encore, échappées à la Nuit, Efflorescences de Couleurs, Bouquets de Pourpres et de Bleus, Fulgurations d’Azur et d’Or au-dessus des Vergers de l’Amour, Echanges passionnés de Baisers vermeils, Lèvres couvertes de Rosée, Mains enlacées, s’invitant Hommes et Femmes à traverser Fontaines de Jouvence, Eaux d’éternelle Jeunesse...Ce sont encore charnelles, sensuelles Unions, lumineuses Etreintes dans la Pénombre des Alcôves, Râles de Jouissance proches de la Douleur et Nuques renversées, Corps et Visages d’Extase des Enigmes vivantes que nous sommes, Fulgurations d’Images, Secrets considérables qu’effacera l’Eveil, magique Ubiquité, puissantes Vérités que fait s’évanouir l’Ouverture des Paupières, peut-être approchons-nous, lovés dans la Conque des Rêves, l’Echo des Origines et le Mystère du Voilement que le Jour nous dérobe et recouvre…..
Au Matin, s’estompe la Vérité en Rêve, nous sommes Autres et plus énigmatiques encore, entrelacés de Sommeil et de Veille, lestés de Fragments oniriques épars sur l’Estran du Dormir, sans Liaison et sans Raison, une diffuse Angoisse d’avoir été absent, rêvant des Rencontres étranges, Forêt profonde, Enchantements et Sortilèges alternant leurs Pouvoirs mais désormais fermés avec le Jour qui vient, Ô l’Impartageable du Nocturne en Paroles obscures ! De quelle Vérité, de quel Deuil, de quel Désir puissant de Vie, quel Oubli pathétique ? Qui dort en nous ou qui veille dormant ? Secrète Indistinction à cause de l’Imperfection de notre Condition et de notre Nature, à cause des Oeillères du Regard et de la Connaissance, à cause de la Déshérence et de l’Obscurité natales, à cause de l’éternelle Léthargie de l’Esprit et des Sens ! Qui dort, qui veille en nous à notre Insu ? Et nous allons, solitaires et nombreux, trébuchant sur les Ombres inconnues, rêvant nos Vies mortelles, aux Dimensions de l’Immortalité…..
En Vérité, nos propres Rêves chaque Fois nous étonnent et nous échappent, Part incompréhensible de Nous-Mêmes qui nous saisit et nous emporte, insituable Lieu, Zones obscures des Etants insolites que nous sommes, Théâtres incessants de Joie et de Terreur où passent nos Démences, Redoublements étranges des Jours de notre Vie, Inventions, Créations de notre Imaginaire dont il ne restera que Traces et Vestiges, Effroi ou Nostalgie, Doutes et Points aveugles pour l’Exigence de Raison, de Distinction et de Clarté...Ô Arènes mentales où luttent le Possible et l’Impossible, le Jouir et le Pâtir, la Manifestation et l’Invisible ! Voici en nous, l’Abîme du Nocturne, le Sol mouvant de la Pensée et de la Vérité, Voici l’Errance et le Cirque du Rien où nous basculerons, Voici l’Ecart, l’Eloignement, le Chiffre indécelé des Solitudes, le Va-et-Vient de notre Sort et la Fissuration des Existences, la Vérité en Rêve et sa Non-Vérité et la Réalité de l’Irréel où nous avons Figure et Défiguration !…..
|