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Le bateau en papier
( Pour Eric Tabarly )
Comme ces vieux voiliers qui descendent la Seine,
Dans la rue du village, lui aussi il voguait,
Il n’avait pas de voiles ni de mat de misaine,
Il n’était seulement qu’un bateau en papier.
A sa façon à lui, c’était un bateau ivre
Qui descendait tranquille le long du caniveau,
N’ayant que le trottoir pour lui servir de rive
Et pour seule Transat la rue Florence Arthaud.
Il n’avait pas l’allure du Belem, de l' Hermione
Rien qu’une simple feuille pliée de part en part,
Avec lui j’étais sur de doubler le Cap Horn,
Sans qu’il ait le besoin que je sois à la barre.
A mes yeux il était plus beau que le Pen Duick ,
Tabarly, Kersauson n’en avaient pas de mieux,
Et bien qu’il soit privé d’Océan Atlantique,
A travers le village il filait ses vingt nœuds.
Je courrais derrière lui comme courent les gosses,
Il virait à tribord même sans matelot,
Je rêvais à des iles, des pirates féroces,
Mon imagination me menait en bateau.
Hélas, en fin de course, brisé et solitaire,
Sur un morceau de fer sa coque a fait naufrage,
Car alors qu’il était vraiment dans la galère,
La grille d’un égout arrêta son voyage.
Il n’est jamais allé jusqu’au bout de la Terre,
Il est resté ici contre vents et marées,
Mais l’eau du caniveau qui remplaçait la mer
Emmenait vers le large mon bateau en papier…
Et pour ce frêle esquif, mon cœur a chaviré.
Claude écrit le 14 Juin 2019
https://www.youtube.com/watch?v=AU9OMrcj5RM
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