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Rétif de La Bretonne revisité (1734-1806)

le jeudi 20 juin 2019, à 18:51. Posté par Michel Ernest


    Son nom n'a rien de "gaélique"
    Bien qu'on y ouït le mot "breton"
    Et "Rétif" n'a rien d'allergique
    D'ailleurs ce n'est pas son prénom

    "La Bretonne" n'est qu'une terre
    Que le vieux Restif acheta
    Dans l'Yonne, du côté d'Auxerre
    Pour son fils aîné Nicolas

    Celui-ci naît dans le village
    De Sacy, qui jouxte la ville
    De Joux-la-ville, entre cépages
    Et Cure à la pente tranquille

    De l'an mil sept cent trente-quatre
    À mil sept cent quarante-deux
    Le jeune Nicolas folâtre
    Dans la métairie à ses jeux

    Quand le père achète un domaine
    À La Bretonne, emprès Sacy
    Ses douze mioches, il emmène
    Et sa deuxième femme aussi

    Puis durant son adolescence
    Il est placé chez des amis
    À Vermenton, à Joux, à Sens
    Et même quelques mois à Paris

    À quatorze ans son demi-frère
    Qui est le curé de Courgis
    Le chasse de son presbytère
    Pour avoir séduit une amie

    Il rentre à Sacy chez son père
    Qui presque aussitôt l'expédie
    Chez une relation d'Auxerre
    Apprendre la typographie

    À peine arrivé chez le type
    Il tombe amoureux de sa femme
    Nicolas n'a pas de principe
    Il vit sans aucun état d'âme

    Il devient bientôt typographe
    Et puis compagnon-imprimeur
    Embauché par Théobald Taaffe
    Le "ministre de l'Intérieur"

    Pendant une année, il pourchasse
    Les imprimeries clandestines
    Finalement, de guerre lasse
    Il retourne dans ses gâtines

    En avril mil sept cent soixante
    Nicolas s'unit à Agnès
    Une gamine si charmante
    Qu'en quatre ans quatre filles naissent

    Nicolas qui a la bougeotte
    À Paris se cherche un boulot
    Et c'est en qualité de "prote"
    Qu'il est embauché chez Quillau

    Doué d'une imagination vive
    Et du sens de l'observation
    Il sent qu'il faut qu'il écrive
    Et remplit ses premiers brouillons

    Au bout de deux années studieuses
    Il publie une œuvre majeure
    Nommée "La Famille vertueuse"
    Dont il n'est que le traducteur

    Fort de cette prime expérience
    Nicolas quitte son emploi
    Et pour le roi se fait balance
    Pour assurer ses fins de mois

    Sa femme peu-à-peu le quitte
    Et le laisse seul à Paris
    Il y écrit deux livres, vite
    Dont "Le Paysan perverti"

    Sa nature encore amoureuse
    Le conduit à aimer Sara
    Une fille de sa logeuse
    Qu'en quelques vers il attira

    Il est déjà quadragénaire
    Quand il écrit avec génie
    Son livre "La Vie de mon père"
    Qui le fait connaître à Paris

    Pour être admis dans le pays
    Il écrit "Les Contemporaines"
    "La Paysanne pervertie"
    Et pour finir "Les Parisiennes"

    Quand la Révolution éclate
    On emprisonne Nicolas
    Car on le croit aristocrate
    Et de plus espion pour le roi

    Faute de preuve, on le relâche
    On n'entend plus parler de lui
    Seul, il se remet à la tâche
    Dans sa petite imprimerie

    Et pour, aux sans-culottes, plaire
    Il a dû raccourcir son nom
    Publier des livres austères
    Et se soumettre à la Nation

    En mil sept cent quatre-vingt-treize
    Il s'est tellement pris au jeu
    Qu'il hurle à la mort de Louis XVI
    Si fort qu'on le raisonne un peu

    La Convention, en récompense
    De ses bons et loyaux services
    Comme au bon temps du roi de France
    Lui trouve un job dans la police

    Après la mort de Robespierre
    Nicolas devient royaliste
    Puis, après le 18 brumaire
    C'est un fervent Bonapartiste

    Le Consulat qui n'est pas riche
    Dégraisse l'Administration
    Il doit abandonner ses fiches
    Et retourner à ses crayons

    Alors il publie "Les Posthumes"
    Mais le succès n'arrive pas
    Chez lui il fait froid, il s'enrhume
    Il requiert l'aide de l'État

    On lui adresse quelques miettes
    De francs en guise de secours
    Après trois années de requête
    Puisqu'il meurt au bout de huit jours

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