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L'ombre est en attente autour de la lampe
Qui n'éclaire plus que jusqu'à la tempe
Le profil ombreux aux yeux de saphir
S'affaissant soudain avec un soupir.
Douce est la lenteur à l'heure qui veille
Et semble sourire autant qu'anoblir
Le vieillard perdu dans son souvenir.
Le temps cependant doit prêter l'oreille
Car flotte dans l'air un vague regret
Est-ce le parfum léger d'un bouquet
Pareil à ceux-là qu'il offrait aux filles
Quand il était jeune et elles gentilles?
Dedans le halo du grand cercle d'or,
C'est à peine si son âme interroge,
Prête à s'évader, rêvassant encor
Aux rires d'antan, trop long nécrologe
Des amis perdus, des amours passées,
Au temps du vieux temps des travaux des champs,
Quand ses bras musclés aux veines nouées
Aux jeux de gouren (*) étaient triomphants.
Le soir intrigué regarde à la porte
Le songe endormi que le noir emporte.
La brise à son tour se presse aux carreaux
Afin d'aller dire aux flancs des coteaux
Le repos du vieux et la scène enclose
Devant l'âtre où le feu de bois s'éteint,
Le passé passant et la mort qui vient.
Mais le monde change et n'a rien à faire
Des survivants de "Jadis et Naguère" (**)
Lors les vieux bretons se laissent aller.
C'est leur tour. L'Ankou s'en vient les chercher.
* gouren : lutte bretonne
** Paul Verlaine
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