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Je m'étais construit dans la tête
Une île à moi, lieu du désir.
Je m'y préparais pour la fête,
Enivré par quelque élixir.
Et puis voici que tout chavire
Et que soudain j'ouvre les yeux.
Le monde est fou, peut-être pire.
Et je découvre tout odieux.
J'ai perdu mon temps et mes rêves.
Je me suis trompé sans arrêt.
Tout me fait mal. Ah ! que s'achève
L'espoir qui tant m'a fasciné.
J'avais pourtant bien cru comprendre
Qu'il peut faire bon ici-bas.
Désormais je suis las d'attendre
Un paradis qui ne vient pas.
J'ai perdu ma peine et ma vie.
C'est pour rien que j'ai combattu.
Toi, dis-moi par quelle hérésie
Mon utopie a survécu.
Mais non, je ne peux pas y croire,
Ce n'est pas vrai que tout est faux.
Ma pensée est blasphématoire
Et doit se tromper d'apparaux.
Ô ! dis-moi toi qui crois encore
Au même rêve inachevé
Que je me trompe et que j'abhorre
Ce pourquoi j'ai longtemps lutté.
Assure-moi que l'espérance
Plus jamais ne viendra faillir.
Assure-moi que l'enivrance
Ne pourra plus me démentir.
Je voudrais tant pouvoir me dire :
"Va ton chemin. Sois rassuré."
Alors que j'ai peur de maudire
Tout ce temps vainement passé.
Dis-moi l'amour et ses merveilles.
Dis-moi la vie en sa chanson.
Dis-moi, dis-moi! ... ô mes oreilles
Qui n'entendent que déraison.
Oh ! surtout dis-moi que ma vie
N'a pas été du temps perdu.
Ô dis-moi que ma poésie
Quelque part aura survécu !
Dis-moi qu'un jour, quelqu'un, peut-être
Aussi désespéré que moi,
Saura s'émouvoir et renaître
A l'écho de mon désarroi.
Si petit qu'on soit et futile,
-Réalité ou impression?-
De ne pas être inutile,
C'est là ma seule aspiration.
Fini le besoin de prière,
Perdu la foi, chassé l'amour.
Je suis las et je désespère,
Confonds la nuit avec le jour.
Qui saura m'entendre et comprendre
Qu'il me faut sans cesse espérer,
Me redonner l'élan d'apprendre,
D'entendre, de croire et d'aimer?
Rassurez-vous mes amis, ce portrait n'est pas le mien. Moi qui me désespère -ou pas- de ne pouvoir atteindre l'âge... de raison. Mais l'angoisse de ne pas être reconnu, estimé à sa juste valeur est commune au poète et au...commun des mortels. Et puis qui ne souhaite pas que son oeuvre, ou son nom, lui survive ?
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