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🚂🚇🚟8 - Le chemin de fer

le lundi 23 septembre 2019, à 19:12. Posté par FRANCOIS






    Cette étrange narration est fortuitement surgie du magma crépusculaire
    de mes souvenirs primaires intimement tressés à ces vacances récurrentes
    que nos parents programmaient dans une province italienne, baptisée la
    Campanie, désignant une région située autour de la ville de Capoue, qui
    était à l’époque romaine le fleuron incontestable de cette contrée méridionale.



    Ce qui me plaisait le plus dans cette vacation estivale n’était pas cette
    éprouvante réclusion dans cette bourgade insipide et apathique
    pulvérisée par un soleil caniculaire, où le temps se languissait dans
    un sommeil suffocant, et même ses fastidieuses et interminables
    chemins de croix, empourpraient mes semelles, qui sillonnaient dans
    un incessant va-et-vient cet acrimonieux trajet, qui s’étendait du point
    culminant du village à sa plus faible dépression.


    La période, la plus fantastique de cette sublime odyssée était cette
    merveilleuse pérégrination en train de nuit, dès mon entrée dans cette
    immémoriale station ferroviaire, où trônait une fascinante horloge
    comtoise, avec son splendide cadran, son incroyable fronton, son
    majestueux encadrement et son infatigable balancier, et ses quelques
    guichets illuminés par le sourire bienveillant des employés.


    Sur les interminables aménagements parallèles à la voie ferrée autorisant
    l’accès aux voitures de train des passagers portant toilettes chamarrées,
    un déferlement tonnant d’itinérants décontenancés et exaspérés s’agitait
    en colportant d’incommodants bagages et de volumineuses valises.


    Quant au conducteur du convoi, après avoir garanti le parfait état de marche
    de l’ensemble des équipements et de toutes les mises en place des normes
    de sûreté, en procédant à la vérification des mesures de freinage, des
    procédés de la veille automatique, des systèmes de contrôle de célérité,
    il put exécuterl’ordre de partance en suivant scrupuleusement les indications
    horaires.


    Mon effervescence jubilatoire était à son zénith, lorsque mes chaussures
    avalaient allégrement ce joyeux marchepied, qui après le franchissement
    du couloir, permettait l’accès aux voitures-couchettes, dont l’unité était en
    majorité composée de six petits lits, soit trois par côté, bien-entendu, le
    dernier abordable par l’intermédiaire d’une échelle métallique était mon
    préféré, même s’il était muni d’un matelas de fortune et d’une couverture
    rudimentaire et légère.



    Lors de ce fabuleux périple, un exubérant enivrement m’empêchait de
    dormir, même si une extrême fatigue me secouait les membres, et je
    passais un nombre incalculable d’heures, le nez collé sur la vitre, à
    contempler tous ces fluctuants paysages, qui défilaient sous mes yeux
    à une allure vertigineuse, en attendant que l’obscurité me présenta
    ces cascades de faisceaux lumineux scintillant follement tout autour
    des ineffables lacs suisses.



    Dans mon mysticisme timide d’adolescent candide et ingénu, je m’étais
    mis à prier, afin que je puisse être transformer en plante lacustre impavide
    et impassible, afin de revêtir l’apparence d’un simple potamot hydrophyte,
    d’un myriophylle vivace et amphibie, d’une grenouillette indigène, d’un paisible
    nymphéa, d’une ligulaire à feuilles basales en cœur, d’un butome en ombelle
    rose, d’un sagittoria sagittifolia déphosphatant et violet, d’une lysimaque
    ponctuée d'un jaune vif marginé de crème ou d'une crocosmia masoniorum.
    orangée



    Je fus offert aux nues, | au sens patronymique,
    Connu ou répandu | de Melbourne˽ à Belfast,
    Appartenant au sol | en concept britannique,
    Où je fus baptisé, | sous le label : ballast.



    Je fus le nouveau-né | de laves éruptives :
    Un fils magmatique | descendant de Pluton.
    Ma mère˽ alcaline, | de sources explosives,
    Avala l’univers | d’un appétit glouton.



    Ma densité changea | conformément aux charges
    Acheminées pendant | le fret habituel.
    Mes cailloux brésillés, | à angles vifs et larges
    Griffèrent la croisée | en appui mutuel.



    Et sur mon dos fourbu, | les oisives dormeuses,
    Communément coupées | dans chêne˽ ou quelques bois
    Exotiques, huilées | de substances visqueuses,
    Fêtèrent les transports, | sans répit, sans abois.



    Mes amies finirent | d’incommodantes tâches,
    Répondirent du sol, | de l’écart entre rail,
    De leur inclinaison, | guérirent les joints lâches
    Les gonflements d’attaches | pour clore leur travail.



    Après l’achèvement | accompli de nos rôles,
    Vu que j’eus supporté, | sans jamais protester,
    Tous ces impératifs, | efforts pas toujours drôles,
    Je pus enfin souffler | pour m’étendre˽ et rester.



    De surcroît, j’assurai | le fond, l’aplomb des voies,
    Assemblai, enchâssai | tous ces beaux éléments,
    Pour pouvoir les sentir, | les flairer avec joies,
    Les bénir contre pluies, | ou noirs événements.



    Pour limiter l’impact | du djinn atmosphérique,
    Je fus en mesure | d’accepter ses souhaits,
    Me montrant prévenant, | demeurant énergique,
    Pour subir, du génie, | les assauts, les méfaits.



    Dans le petit matin | aux couleurs orangées,
    Les véhéments outils | des sicaires, aux cœurs
    Aigris, déferlèrent, | promptement, par rangées,
    Pour ravir, sans pudeur| mes séduisantes sœurs.



    Mais, que firent ces gueux, | en haies, pour la bataille,
    Le pic sur l’épaule, | le hachoir dans la main,
    Aspirant à river | le patin dans l’entaille,
    Et sonnant l’hallali | pour un trépas prochain.



    Pourtant, le calvaire | de mes muses chéries
    Dura. Après l’âme, | les couplés champignons
    Furent dissociés | en distinctes séries,
    Puis soudés de suite | par tréfonds et crampons.



    Pourquoi, vilipender | mon esprit inventif ?
    Moi, le sublime fruit, | à la courbure˽ unique,
    Au profil avenant, | à l’aspect attractif
    Vous m’eûtes désigné : | feston de fer publique.



    De grâce, dîtes moi | quelle fut la machine,
    Qui, subrepticement, | emprunta mon chemin ?
    Quel fut l’intempestif, | qui me sarcla l’échine ?
    Soit, je voulus juger| le nom de cet engin.



    Bref, le zéphyr d’autan | nous récita sa bible.
    Ce fut un colosse | nanti d’un important
    Tender contenant l’eau | et tout le combustible
    Seyants pour un galop | de fantastique˽ allant.



    En scrutant longuement | le poste de conduite,
    Abri souvent ouvert, | sur pans postérieurs
    Aux borées, nous vîmes | vers le bas, à la suite,
    Boutons, poignées, volants, | témoins, indicateurs.



    Nous mûmes le sifflet, | corne tonitruante,
    Permutâmes l’arbre, | magnat du changement,
    Et pour communiquer | une forme˽ étonnante,
    Pétrîmes la tige | réglant le rendement.



    Pardi ! nous perçûmes | le jeu du mastodonte
    Rompîmes son courroux, | la déprédation
    Des flammes chagrinant | les canons de refonte,
    Pour relancer soudain | la propagation.



    Ce dragon claquedent, | à l’aven atypique,
    Engloutit, sans graissin, | résidus, végétaux,
    Débris, déchets, charbons, | nourriture chimique,
    Au creux d’un grand volcan | aux crachats infernaux.



    Par la transaction | de bielle motrice,
    Le mécanisme joint | au piston convertit,
    L’élan alternatif | en roulement d’office,
    Sur ordre d’un bougon | tyran qui asservit.



    Envers ses comparses | oints de graisses, de boues,
    Il devint immoral, | exécrable˽ et méchant,
    Ne songeant qu’aux cadres, | châssis, contrepoids, roues,
    Et ressorts à lames, | plus fâcheux qu’un enfant.



    Sa texture dotée, | de longerons en tôle
    Découpée en belle˽ | et athlétique˽ épaisseur,
    Qui incendierait | l’ossature d’un môle,
    Lui donnait de bon gré | un habit de rigueur.



    Fermement incrusté | sur des supports rigides
    Répartis tout autour | de son arc effarant,
    Accolant un ravin | aux mofettes acides,
    Le fauve tempêta | près du foyer brûlant.



    Grains de mâchefer, corps | pulvérulents, scories
    Roussies s’assemblèrent | dans un récipient.
    L’ogre˽ ouvrit ses clapets, | contrôla ses sorties,
    Dosa l’embrasement | d’un parfait escient.



    Dès que le dictateur | scella l’œil pour le somme,
    Que cet ange maudit, | ce loup reptilien
    Fut repu de malheurs, | il fallut sauver l’homme
    Assujetti, meurtri| par cet ophidien.



    Dans un passé lointain, | en images verbales,
    Son terme fut prévu | pour citer l’ouvrier,
    Reconnaissant sentes, | fouillant contrées rurales,
    Parcourant bourgs, hameaux | par soif d’un métier.



    Adopté, après coup, | par de ferroviaires
    Compagnies pour choisir | cet agent sillonnant,
    De façon assidue, | layons, itinéraires,
    Pareil au chemineau, | au trouvère˽ ambulant.



    Entre deux lourds tampons, | il prépara la chape
    D’un fourgon, corbillard | inactif, qu’il tendit,
    Espérant la venue, | d’un train en fin d’étape
    Pour l’attacher au croc, | qui sans heurt l’attendit.



    Son bissac fut astreint, | aux corvées d’attelage.
    Son labeur consistant | à blondir les lieux,
    Stimula un falot | jusqu’au bout du voyage,
    Avertissant, jadis, | le chauffeur soucieux.



    Quand la clarté tomba, | l’immuable lampiste
    Frotta sa lanterne, | nimba les bâtiments,
    Eclaira gare˽ et quais, | sortant à l’improviste,
    Afin d’ankyloser | les ralentissements.



    Quand un compartiment, | plus fulgurant qu’un vouge
    Glissa in petto vers | la bifurcation,
    Aussitôt, le spectre | d’une˽ explosion rouge
    Nous enseigna, sans peur, | une direction.



    Seul un observateur | soupçonneux et sagace
    Fut apte˽ à remarquer, | auprès du liseron,
    Au centre d’un fourré, | un cabanon loquace
    Hébergeant l’aiguilleur, | diligent chaperon.



    Régissant les serpents | rampants selon consigne,
    Il les domestiqua | ainsi qu’un sorcier
    Adressant les convois | sur l’opportune ligne
    Envoûtant manette, | subjuguant levier.



    Nous quittâmes ce serf, | au parler laconique,
    À l’acquis lunaire, | mais de folle vigueur,
    De santé tangible, | d’école sporadique,
    Restant à son piquet, | malgré froid ou chaleur.



    Il calma les démons | déclinant de la bosse,
    Par le soin d’un patin | d’enrayage˽ entravant,
    La hâte des wagons | déposés dans la fosse
    En rapport avec ceux | stationnant et dormant.



    Le sabot fut crotté | d’authentique semelles
    Allongées comportant | joues, qui, par mission,
    S’axèrent sur un chou| touffu de chanterelle,
    Coiffé en complément | d’anches sans tension.



    Au sein des traminots, | l’harmonie féminine,
    Soudainement, fusa | lors des hostilités,
    Mondiales tuant | la caste masculine,
    Pour esquisser bonheurs | et jovialités.



    Les saluts rayonnants | des garde-barrières,
    Privées de leurs conjoints, | victimes d’accidents,
    Clamèrent les sujets| des normes routières,
    En sermonnant parfois | les humains imprudents.



    Le wagonnier las | couramment aux triages,
    Aux examens avant | les départs permanents,
    Aux réparations, | dans entrepôts, garages,
    S’accrocha lentement | aux brins des firmaments.



    Œuvrant au maintien, | s’usant au démontage,
    Ce fut un roi aux doigts, | de fée, un constructeur
    Sourcilleux, un titan | façonné de courage
    En art mécanique, | un parfait instructeur.



    Envers les ascendants, | il devint secourable
    Toujours prêt pour guider | tous les itinérants
    Le porteur de malles, | radieux, serviable,
    Fut fort considéré| par les passants errants.



    Hélas, dans nos abrupts | sorts, les progressions
    Rayèrent à foison | de nobles disciplines,
    Lapidèrent crûment| par moult agressions
    Des emplois transformés | en charges orphelines.



    Déjà, les nomades, | pris par vélocité,
    Corrompirent le sel | de s’égayer, de vivre
    Soutenant agrément, | luxe, commodité,
    Aux dépens de l’aide, | du réconfort, du livre.

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