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La veuve Clicquot revisitée (1777-1866)

le dimanche 06 octobre 2019, à 18:54. Posté par Michel Ernest


    Plus connue que la Brinvilliers
    Charlotte Corday, Ségolène
    La marquise de Sévigné
    Et même Aliénor d'Aquitaine

    Plus discrète que Barbara
    Plus sucrée que la Pompadour
    Plus pétillante que Carla
    Plus pulpeuse que "Love Amour"

    La veuve Clicquot vous salue
    Car la dame, mieux que les autres
    Dans le monde entier est connue
    Alors les amis "À la vôtre" !

    Barbe Nicole Ponsardin
    Naît à Reims, au cœur d'un hiver
    Sous le règne du très chrétien
    Louis XVI, encore populaire

    Elle est fille de Nicolas
    Et de sa femme, Clémentine
    Son père, maire de l'endroit
    A de très nobles origines

    Jean Baptiste, son petit frère
    Naît deux ans plus tard et, enfin
    Pour son cinquième anniversaire
    Au monde, Clémentine, vient

    Comme toutes les jeunes filles
    Elle attend son prince charmant
    Mais la prise de la Bastille
    Vient contrecarrer ses douze ans

    Car les princes ont fui la France
    Ou bien sont rentrés dans le rang
    Lors, à Reims pour faire riche alliance
    Ne restent que les négociants

    Aussi, en prairial de l'an six
    Soit en juin quatre-vingt-dix-huit
    Barbe et François Clicquot s'unissent
    Au son des bouchons qui crépitent

    François Clicquot est militaire
    Mais surtout grossiste en Champagne
    Il est connu en Angleterre
    En Belgique et en Allemagne

    François vend, dit-on à l'entour
    Cent mille bouteilles par an
    Soit plus de trois cents chaque jour
    De quoi nourrir son régiment

    Quelques temps après leur mariage
    Naît la petite Clémentine
    Mais alors qu'elle est en bas âge
    François meurt de "fièvre maline"

    À vingt-huit ans, Barbe est donc veuve
    Et ses amis face à ce choc
    La réconfortent comme ils peuvent
    Or la jeune femme est un roc

    Elle prend en main l'héritage
    Et invente le procédé
    De "La Table de remuage"
    De nos jours encore appliqué

    Elle s'entoure d'une équipe
    Qu'aucune frontière ne stoppe
    Pour imposer son leadership
    Jusques aux confins de l'Europe

    Pour montrer au tsar Nicolas
    L'intérêt qu'elle lui témoigne
    Par la mer elle lui envoie
    Un bateau rempli de Champagne

    À l'été mil huit cent dix-sept
    Sous le règne de Louis XVIII
    Sa fille épouse un grand poète
    Mais comte et officier d'élite

    Un an plus tard, notre héroïne
    Est une radieuse grand-mère
    Et pour prémunir la gamine
    La veuve acquiert vignes et terres

    Là, dans la Montagne de Reims
    Ici, au Mesnil-sur-Oger
    Un peu partout dans la province
    Les meilleurs crus sont achetés

    Dans les années mil huit cent-trente
    Elle détient cinq cent hectares
    Elle a multiplié ses ventes
    Et acheté un vieux manoir

    En mil huit cent quarante-neuf
    Après sept années de travaux
    Le manoir est refait à neuf
    Et s'est transformé en château

    C'est là que la sexagénaire
    Se retire avec sa famille
    Aux soins de Louis de Rochechouart
    L'époux de sa petite-fille

    On y donne de grandes fêtes
    Et de grands dîners où se pressent
    Gens de lettres, des arts, poètes
    Politiciens et gens de presse

    On y boit que de son champagne
    Qui grise les plus fortes têtes
    Et quand la maladie la gagne
    Elle guérit d'une rincette

    C'est dans ce château que la veuve
    S'éteint doucement au grand âge
    Je n'ai pas tout à fait la preuve
    Que c'est grâce à son doux breuvage

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