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La pluie avait cessé : pluie forte de fin mai. Déjà l'azur perçait au-dessus des murs gris. Dix heures sonnèrent, annonçant la fournaise prochaine. L'orage était fini, la journée serait belle.
L'été qui s'annonçait promettait d'être chaud tandis que, dans les allées désertées du jardin de l'hôpital, la poussière reposait encore, alourdie et mouillée. Bientôt, elle reprendrait son ballet estival et le chemin, longeant l'enceinte extérieure, serait de nouveau peuplé d'une foule de patients et de visiteurs, se frayant un passage entre les barricades et les tranchées présentement délaissées.
C'était pourtant un matin ordinaire, banal dans sa quotidienneté. Les documents importants, que je devais remettre au bureau du directeur, encore dans la main gauche, je portai, de la droite, une pomme à ma bouche. Je la savourai lentement. Elle avait un goût d'enfance et je fermai un instant les yeux sur mes souvenirs. Quand je les rouvris, tu étais là, devant moi, immobile et soudaine, avec ton beau sourire et ton regard cerclé d'écaille où la joie pétillait sous l'or de tes cheveux. Et cette robe jaune pareille à un soleil, fleur d'hélianthe, tournesol, rose thé. J'en eus chaud dans le coeur.
Tu m'as seulement dit : "Bonjour chéri. Comment vas-tu?"
Mais nulle autre phrase n'aurait pu me faire autant plaisir. J'ai attendu un peu pour te répondre, car j'ai voulu, comme pour la pomme que je venais de mordre, apprécier le moment. Je venais de comprendre ce que c'est le bonheur.
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