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La Folie des Devenirs.
…..Les Devenirs, incessamment, peu à peu, follement, travestissent en Autres, en Rien, Êtres et Choses. Peu de Temps demeurons-nous les Mêmes, infidèles à Nous-mêmes, changeants, Mortels, à Nous-mêmes étranges, en Corps étranges d’Arlequins, inconstants, transitoires, déclinants, en d’étranges Visages grimés de Passions brutales, versatiles, en d’étranges Esprits proférant la Folie de Paroles incertaines, lancinantes, posées sur l’Insensé du Sens, l’Enormité du Rien, Folie des Signes de la Chair et des Bouches de Terre…
Passions du Coeur, Passions du Corps, Passions des Rêves et de la Connaissance, Passions d’Orgueil et de Souffrance, Jouir, Pâtir, Attendre dans la Folie des Jours et du Réel sans Origine ni Raison, Attendre l’ultime Souffle et puis l’ultime Rien qui nous cerne déjà. Les Devenirs sculptent à même la Chair, Masques et Effigies des Existants dont l’Os est la Charpente minérale, la dernière Poussière...Peu de Temps, une brève Durée limite le Vivant précipité dans la Folie des Devenirs, enserré dans l’Etau d’une double Puissance, d’une double Violence : l’Arrachement de l’Emergence hors du Domaine d’Occlusion, hors des Espaces d’Avant-Naître occultés à jamais, le Glissement vers les Déserts inexplorés de la Mort où Tout s’enlise et disparaît dans le Non-Être…..
Surpuissance du Change et de l’Altération, Figurations et Défigurations éternelles, Matière convulsive, Danses et Contorsions, Délire des Figurants en Transe et Déraison, l’Histoire suinte ses Litanies de Naissances et de Meurtres, l’Egarement et la Démence et le Basculement du Sens à l’Abîme du Rien, nous sommes taillés dans la Fissuration de la Masse et la Poussière, cousus de Visible et d’Invisible, infiniment tragiques, infiniment chétifs, ployés aux Interstices des Fractures du Réel, noyés dans la Béance et l’Incommensurable…
Toujours, je pressentais en Tout, de l’Infime à l’Immense, de l’Inerte au Vivant, Inconsistances, Transmutations, Incertitude et Mutabilité dont nous croyons saisir l’Essence et maîtriser la Variabilité, l’Oscillation, le Tremblement dans la Pensée et le Poème, Toujours, je pressentais le Jeu cruel, étrange du Battement entre le Croître, l’Affirmation, la Dégénérescence et les Aurores nouvelles déjà contaminées, la Rixe au Sein du Même, de l’Epaisseur durable et la brève Légèreté, le Va-et-Vient de la Torpeur et de l’Eveil, l’Incompréhensible de la Dessication et des Verdeurs renouvelées, l’Enigme du Paraître des Verdoyances belles, leur rapide Putréfaction…
Toujours, je pressentais l’Essence agonistique, furieuse, hallucinée du Réel et du Temps, le Conflit à même la Matière et le Vivant, de la Masse et du Passage, de la Présence et de l’Eloignement, du Corps-à-Corps et des Distances, Appariements, Inimitiés, les Liens de tous les Eléments du Monde entre eux, aberrant Labyrinthe, gigantesque Arachnée dont il n’est ni Commencement ni Fin ni Intelligibilité...Et je considérais l’Infini des Solitudes, l’Effroi devant la Profondeur des Espaces entre les Astres comme entre les Personnes, la lente Dégradation des Corps et le Scandale sans Rédemption de la Chair en Souffrance, les Cortèges funèbres et les Mises au Tombeau rituelles, la Pâleur de Cire des Visages mortuaires, la Rigidité des Gisants, l’Insaisissable de l’Absence et du Silence et la Folie des Devenirs…..
Et j’appelais en vain vers une Flamboyance des Fraternités prodigieuses que la Nature et la Conscience allument par Moments, secrètes et voilées, dans les Abysses de Ténèbre et de Violence. Nous sommes, pensais-je, une Question posée sans Cesse à Soi, à Autrui et au Monde, à l’Insensé d’Autrui et de Soi et du Monde, à l’Emergence et au Mystère du Mouvement du Soi, d’Autrui, du Monde, un Temps hors des Abysses du Retrait où nous retournerons chuter nous perdre et disparaître. Nous sommes cette Question, cette Incompréhension, cette Lueur faible et pathétique parmi l’Insanité des Devenirs et cet Appel en vain réitéré dans les Déserts de l’Être : qu’est-ce que l’Homme ? Qui est l’Homme ?, quel est l’Homme , en Vérité ?…..
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