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Il me reste le souvenir de ma maison sans les murs.
Un moment de passage, accompagnée de mon père.
Je le vis intensément, le cœur gros, une blessure.
1940, les bombardements n'ont rien épargné, tout ,est parterre.
Seule, reste la plaque au seuil de l'entrée où, je pose les pieds.
L'envol de mes rêves me cloue, je reste silencieuse.
Le souffle coupé, face à mon père, le visage grave, inquiet.
Nous percevons l'intensité des combats calamiteux.
Un son, le carillon de l'église sinistrée, égrène les heures.
Je cache mon chagrin, je mesure mon enfance amputée.
Le jardin est submergé de hautes herbes, d'éboulis graveleux.
La vie reprend ses droits, des liserons ça et là se sont accrochés.
Ma mémoire se grise des fleurs qui embaumaient le jardin.
Je revois les beaux jours passés chez ma nounou aimée.
Doucement, la main de mon père étreint la mienne.
J'y puise la force et, son soutien.
La résurgence des souvenirs trouble nos esprits.
Les jours de ma jeune vie ont couru trop vite.
Un goût amer envahit nos papilles.
Je retrouve dans le grain de peau de mon père, l'innocence de la petite fille.
Je ferme les yeux, je veux oublier le temps maudit.
Des écorchures égratignent mon cœur éprouvé.
Tu me regardes, fier de ton "gamin" chéri.
C'est ce nom familier que tu m'avais donné.
La maison était implantée au centre du village.
Dans un écrin de verdure, les monts d'Argonne en vue.
Dans un fatras de ruines, nous poursuivons notre "pèlerinage"
Un sentier ombragé nous amène à la fontaine de Saint-Jean, reconnue.
Saint-Jean est toujours en place, le bras décapité.
Dans l'éternel de l'espace de nos deux cœurs, une prière muette.
Nous emportons une vision apocalyptique, dévastés.
Au travers de la résille du temps passé, j'ai gardé l'empreinte cruelle.
Au terme de cette visite mémorial
entre mon père et moi, un silence profond.
Les mots sont superflus, inaltérables.
Tout passe, tout demeure, vaincus par l'émotion.
MC (droits d'auteur réservés) FEVRIER MICHELLE - DELIRE
1O.O12020
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