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Mon cher prunier,
Voici plus d’un mois déjà qu'à contrecœur, j’ai dû te quitter
Aujourd’hui, devant la fenêtre d’une autre cuisine,
J’observe les arbres derrière les murs entourant ma nouvelle demeure
Mais aucun ne te ressemble de près ou de loin.
Cette année ta floraison spectaculaire présageant une récolte conséquente,
J’imagine alors tes beaux fruits généreux s’épanouissant au soleil
Et je me dis que tout comme moi, Daddy devait s’en réjouir.
Comment ne pas avoir une pensée aussi pour mon ami à plume, le rouge gorge,
Qui venait se poser sur une de tes branches en m’observant un instant
Avant d’atterrir sur le rebord de fenêtre chercher sa pitance
A peine les volets ouverts, de bonne heure le matin
Hélas, ni lui ni même un cousin ne se posent ici sur une table de jardin
Et je me demande ce à quoi il pourrait bien penser
En voyant quelqu’un d’autre que moi face à la fenêtre
Une question parmi tant d’autres qui me trottent dans la tête
Tandis que je réfléchis à une suite possible pour conclure ce texte
De la fenêtre, j’aperçois une pie ; la première depuis mon arrivée en ville
Sautillant jusqu’au bac d’eau fourni par Charlotte, mon amie et voisine,
Elle s’agrippe sur le bord du récipient pour tremper son bec dans l’eau…
Par ce temps caniculaire, c’est une oasis divine
Il m’en souvient celle de l’hiver dernier, perchée sur tes branches enneigées
Créant un bien joli tableau, hélas éphémère ; car vite envolée
Je me fais alors la promesse de retourner à la maison avant la fin de l’été
Revoir mon jardin avec tous ses arbres que j’aimais tant ; toi en premier
Les retrouvailles furent à la fois un peu tristes et émouvantes
En voyant de belles branches, cassées par le poids de tes fruits abondants
Qui pourrissaient sur le sol, faute de n'être cueillis ou à cause du soleil écrasant
Mais malgré l’été touchant à sa fin, beaucoup restaient toujours accrochés
Comme s’ils attendaient mon arrivée pour pouvoir me réconforter
Tout en les cueillant, je croquai quelques prunes charnues bien parfumées
Non sans penser au doux sourire de Daddy et à ses conseils avisés
Dont celui d’être patiente, lorsque ta croissance semblant stagner
Je menaçais plus d’une fois de te supprimer
Le dernier fruit dans le panier, un dernier regard sur tes branches dépouillées
Je quittai la maison et le jardin, ce havre de paix qui m’avait tant inspirée
Le portillon, se refermant sur une page où s’inscrivirent tant de souvenirs
S’ouvrit sur le chemin vers l’avenir ; avec de nouveaux chapitres à écrire
Ivydall, juillet à novembre 2019
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