Les Re...Vers de la vie

 

Mes poèmes - Moi

 

L'Amplâtré

le jeudi 05 mars 2020, à 17:59. Posté par Claude



    L’emplâtré
    ( d’après une histoire vraie )

    J’ai été opéré cette semaine du Syndrome d’Haglund,
    problème d’insertion du calcanéum et rupture du talon
    d’Achille ( rien à voir avec Achille Zavatta )
    J’ai le pied droit dans le plâtre jusque au genou pour une
    durée de 2 mois.
    La situation n’étant pas très drôle, j’ai essayé de décrire
    cette histoire avec humour.

    L’opération a été programmée pour le début de cette semaine.
    J’ai le moral dans les chaussettes ( normal me direz vous
    quand on va être opéré du pied )
    Au moins, je suis prévenu, ce jour là, je ne vais pas me faire
    emplâtrer par une voiture mais par mon chirurgien orthopédique.
    J’arrive à 6 heures 45 au service Chirurgie Ambulatoire.
    Une infirmière me prend en charge ( enfin c’est plutôt elle qui
    fait le poids )
    Elle me conduit dans une chambre où je dois me préparer.
    Comme on va me faire une perfusion dans l’aine droite,
    elle me demande si j’ai bien pris la précaution de me raser
    la veille, la jambe droite, la cuisse, le pli de l’aine et la partie
    droite du pubis et celle de la zigounette.
    Comme j’avais omis de le faire, elle va me chercher un rasoir
    électrique, me le donne, et me montre en faisant glisser ses
    doigts sur son pantalon blanc les endroits précis et cachés
    du bas ventre et entre les cuisses où je dois enlever les poils.
    La scène a du piquant ! En plus, j’ai l’impression qu’elle me
    prend pour un niais qui n’a pas compris du premier coup
    car elle recommence plusieurs fois la description en insistant.
    Je suis un peu troublé et pour ne pas lui monter que je fixe
    mon regard sur les parties intimes qu’elle souligne avec
    insistance, je fais mine de poser les yeux ailleurs, c'est-à-dire
    en direction d’un rouleau de papier toilette accroché au dessus
    de la cuvette des WC .
    Il est vrai que regarder du papier toilette, c’était moins excitant
    que de la regarder faire courir ses doigts sus le bas de son ventre.
    Je ne pense pas que si elle m’avait expliqué comment se raser
    les aisselles, ça m’aurait fait le même effet.
    Mais je devais certainement avoir les idées mal placées ( en
    voyant où elle plaçait sa main ) car je me suis dit qu’après
    tout, les gestes qu’elle faisait c’était uniquement dans un
    but professionnel. Le protocole d’abord !
    Oui, professionnelle comme le sont les hôtesses de l’air qui
    avant le décollage, dans leurs jupes moulantes vous montrent aussi
    par gestes , comment mettre un masque à oxygène, comment mettre
    un gilet sauvetage ( que l’hôtesse ne peut pas fermer à cause de sa
    poitrine XXL ) et comment enfiler une culotte gonflable au
    cas ou où il y aurait un amerrissage forcé.
    En réalité, l’infirmière commet l’hôtesse de l’air
    ne font que scrupuleusement leur travail.
    Une fois seul, dans la salle de bains, avec mon rasoir,
    je commençais à prendre les choses en main.
    Je rase le bas des jambes, la cuisse, soigneusement le pli
    de l’aine , le côté droit de la zigounette ainsi que le
    testicule droit.
    Quand j’ai fini, je prends peur, le résultat est écoeurant.
    Sur le côté droit de la zigounette, ça ressemble à une surface
    lunaire avec quelques cratères de sang, car les dents du rasoir
    électrique m’on écorché en me pinçant.
    Sur le côté gauche qui n’a pas été rasé, c’est la garrigue, un vrai
    feu de broussailles avec de longs poils tordus noirs et gris.
    Devant un tel spectacle dégoûtant, je me décide de raser la
    partie gauche aussi afin d’équilibrer le terrain et de rendre sa
    vue plus imprenable !
    Mais le résultat est pire. Ca ressemble à un véritable champ
    de bataille comme à Verdun ( mais sans les poilus car je me
    suis rasé ! )
    La colline est complètement déboisée mais au milieu, il y
    a un espèce d’arbuste, un moignon tout rabougri et flagada,
    en pleine décomposition, une zigounette sans sève !
    Je me dépêche d’enfiler ma longue chemise bleue en ouate
    pour cacher tout ça, au cas ou l’infirmière arriverait à l’improviste.
    Mais, pas d’infirmière à l’horizon, c’est un brancardier qui débarque
    pour me conduire jusque au bloc opératoire.
    Allongé sur le dos, pendant tout le trajet, j’ai le temps d’admirer
    le plafond qui défile avec de temps en temps des fils électriques
    qui pendent, des gaines de ventilation percées, des auréoles
    sur les plaques, dues à des fuite d’eau provenant de la toiture.
    De temps en temps, j’ai droit à de grandes secousses et des
    coups dans les reins quand le brancard passe sur les rails des
    portes d’ascenseurs ou des séparations entre les portes des
    différents services.
    J’arrive en salle de préparation pour l’anesthésie, on me place
    une perfusion.
    L’anesthésiste va m’endormir et d’une voix douce et très
    professionnelle, elle aussi, elle me dit en me mettant un
    un masque à oxygène sur le nez :
    ‘’ respirez et expirer profondément mais calmement,
    fermez les yeux et pensez à une personne, ou un endroit que vous
    aimez : la montagne, la mer, une île, quelque chose dont le souvenir
    vous apaise ‘’
    Tu parles ! au lieu de penser à un paysage, je revoyais en fermant
    les yeux l’ambiance de la salle moitié bleue, moitié verte où j’étais avec
    des personnes aux longues blouses, des gants, des masques, des seringues
    ou d’autres objets bizarres, parlant entre elles à voix basse comme pour
    me cacher quelque chose. De quoi flipper vraiment !
    Je me souviens aussi que tout le personnel portait une charlotte
    ( pas le biscuit ) non ! un bonnet quoi !
    Au fait, pourquoi l’appelle t-on aussi charlotte.
    Tiens, l’anesthésiste se nommait peut être Charlotte !
    Et c’est en rêvant à cette Charlotte que je me suis endormi.
    Qu’ais-je fait par la suite avec elle ? je n’en sais rien.
    Le problème avec les anesthésies, c’est qu’il s’agit d’un sommeil
    artificiel et pas un vrai, donc quand on se réveille, on ne peut se
    souvenir d’aucun rêve. Dommage !

    Après je me revois dans la salle de réveil, tout s’est bien passé,
    On me reconduit dans ma chambre et on me remet au lit.
    Là, je soulève le drap et je peux admirer le boulot !
    Du beau travail de plâtrier.
    Le plâtre n’a pas encore fait totalement sa prise, il est encore humide.
    Le médecin a du certainement être formé par les Compagnons du Tour
    de France d’où sortent les meilleurs ouvriers.
    A y regarder de plus près, je trouve même que ça ressemble à une
    poterie de Valensole . C’est bien rond tout autour du pied et de la
    jambe, bien lissé, bien poli à la main, sans bavure.
    Il ne manque que la signature du maître artisan.
    C’est dingue : mon chirurgien orthopédique est à la fois chirurgien,
    plâtrier et potier.
    Quand ils m’enlèveront le plâtre, je le proposerai au musée du Louvre,
    Ils pourront le mettre à côté de la vénus de Milo qui n’a plus de bras.
    Ca lui fera une belle jambe !
    Ou alors, je le garderai pour le mettre au pied de mon lit.

    Vers 15 heures, le chirurgien me rend visite.
    Un gars assez jeune pour être chirurgien très sympa et qui me dit
    que tout s’est bien passé.
    Je le remercie et bien sur je m’empresse de le féliciter pour la qualité
    de son plâtre.
    On a le temps de sympathiser un peu, il a beaucoup d’humour aussi.
    Je lui demande si il a eu son CAP de plâtrier avant ou après son diplôme
    de chirurgien.
    Il est détendu, il rigole et m’avoue qu’il fait construire une maison dans
    un village et qu’il lui restait un fond de sac de plâtre qu’il ne voulait
    pas gâcher, alors il s’en est servi pour moi.
    ‘’Ca sort de chez Monsieur Bricolage ajoute t-il .
    Rapport qualité prix c’est du bon que je vous ai mis.’’
    Ca me rassure, j’avais si peur d’essuyer les plâtres !
    Je lui demande comment il enlèvera le plâtre dans 2 Mois.
    Il me répond : ‘’ ça dépend c’est soit à la scie sauteuse ou la
    scie circulaire, j’ai les deux à la maison, c’est vous qui choisirais ! ‘’
    J’adore les gars comme ça qui ont fait des études longues et difficiles,
    mais qui malgré leur supériorité intellectuelle restent simples.
    En parlant, il me dit qu’il fait aussi beaucoup de vélo.
    Vu que je pratique aussi ce sport, on part la dessus.
    C’est rare un médecin qui prend son temps pour parler avec
    vous d’autres choses que de son boulot.
    Il me dit qu’il recherche un VTT haut de gamme mais d’occase.
    J’ai un pote qui tient un magasin de vélos et il en a à vendre.
    Je lui file l’adresse en lançant encore une pointe d’humour :
    ‘’ Dans son magasin Jean Paul a de supers vélos pas très chers.
    Docteur, je suis sur qu’avec lui vous ferez une bonne OPERATION ‘’

    Puis, une ambulancière vient me chercher pour me ramener
    à mon domicile.
    Elle est très bavarde, me demande pourquoi j’ai été opéré du pied,
    comment ça s’est passé à l’Hôpital ?
    Je trouve qu’elle ressemble à Brigitte La Haie et j’ai envie de lui parler
    de mon rasage intime, comment j’ai coupé moi-même ma haie, mais
    j’aurai enjolivé la fin, pas question d’un arbuste tout pourri, je lui
    aurait dit que le terrain nettoyé avait permis de mieux mettre en
    valeur un énorme chêne ( avec deux glands bien sur )
    Mais pensant que La ‘’ Haie ‘’ risquait de sentir le coup ‘’ Fourré ‘’,
    j’ai préféré zapper cet épisode.
    Arrivé devant chez moi, elle est descendue, m’a ouvert la portière,
    tendu mes deux cannes anglaises pour marcher et elle m’a donné
    une carte avec son numéro de téléphone dessus……
    c’est ce que je croyais, mais c’était le numéro de téléphone des
    Ambulances du Sud
    Faut pas rêver quand même !


    https://www.youtube.com/watch?v=c4rvP7U-Hp4

    Claude écrit le 5 février 2020

<< Retour aux poèmes

 

 

 

Mes poèmes - Moi

 

Hébergé gracieusement par MesPoemes.net - Créer un site internet