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tu es partie

le vendredi 20 mars 2020, à 14:21. Posté par Luc


    tu es partie
    tu ne l’a pas voulu
    tu t’es battue
    jusqu’au bout
    pour boire, partout,
    pour manger, pour tout
    tu t’es battue,
    comme un fou,
    au bout de la douleur,
    au bout de la sueur,
    au bout de la pudeur,
    attendant ton heure
    comme un libérateur.


    tu es partie
    tu l’as tant attendue
    tu étais à bout
    la souffrance a tordu ton corps
    tes cris parfois ont déchiré l’aurore
    ta tête a explosé de vibrations encore et encore
    ton être interrogeait tremblant, le sens de cette mort,
    qui se refusait et de cette vie qui se donnait au goutte à goutte.

    dans le silence ambré des jours
    dans l’épaisseur des heures
    dans les gouttelettes suspendues des minutes
    dans le noir qui mélangeait les astres,
    quand la lune luisait le jour malgré les rideaux
    que le soleil éclatait comme une ampoule,
    qu’était ta vie ?

    ton souffle repérait-il les intervalles du passé ?
    ta mémoire te soufflait-elle des images ?
    tout ce qui avait compté : les paysages
    mais surtout les noms et leur visage,
    le rythme des étages
    les années de ravages
    la maladie qui faisait rage
    le mari et les enfants,
    et leurs enfantements,
    qui remettent tout à plat
    quand tu crois tout bien plat
    machine à repasser,
    infiniment, sans se lasser,
    les mêmes plats.
    est-ce cela que tu ressassais
    dans la lumière étrange de la technicolor
    que tu finis par éteindre encore ?

    tes derniers mots furent pour s’inquiéter
    « tu trouveras à manger dans le frigidaire »
    car jamais la mère ne cesse d’être nourricière
    d’un mot tu savais ton enfant

    et moi qui suis resté sur cette terre,
    avec tes enfants nourris au même sein
    et les miens déjà loin,
    et quelques compagnons
    je guette ton âme qui est montée
    je guette tes gestes longtemps appris
    je tressaute à chaque morsure du vide
    à chaque évocation de tes dons
    à chaque saveur dont tu m’as fait l’héritier
    j’aimerai laisser mes larmes couler
    dans l’espoir vain que naisse avec ma peine immense
    un baume magique pour le monde et sa souffrance

    j’aimerai laisser les âmes soeurs venir en mon coeur
    et par leurs chants, le guérir pour qu’il retrouve la paix
    comme tu as enfin trouvé la paix.
    pour qu’il retrouve sa force, comme tu as retrouvé ta force
    mais la souffrance l’empoigne et le serre et resserre
    mes sens autour de mon essence, juste pour survivre
    juste pour ne pas lâcher, comme toi
    qui ne lâcha cette barrière que parce que la mort
    t’avais ouvert les doigts, un à un, et te laissa chuter.
    du moins je veux le croire, moi qui te vois assise
    sur le bord de ton lit, guettant et redoutant, la promise.


    tu ne la voulais pas et pourtant tu l’as accepté
    Tu la désirais sans que cela t’empêche de te battre

    dans le silence des jours et des nuits
    qui faisaient des farces de cabotins
    en mélangeant les astres et en multipliant les étoiles
    tu t’es juste concentrée sur ton souffle
    Inspirer, expirer, inspirer, expirer
    tu le savais court depuis les marches en montagne
    tu en connaissais la musique depuis les salles d’opération.
    tu l’avais apprivoisé ce coeur qui t’avais joué des tours
    arrachement du frère,
    attachement du père,
    arrachement des enfants
    son rythme te tenait lieu de mélopée.






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