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tu es partie
tu ne l’a pas voulu
tu t’es battue
jusqu’au bout
pour boire, partout,
pour manger, pour tout
tu t’es battue,
comme un fou,
au bout de la douleur,
au bout de la sueur,
au bout de la pudeur,
attendant ton heure
comme un libérateur.
tu es partie
tu l’as tant attendue
tu étais à bout
la souffrance a tordu ton corps
tes cris parfois ont déchiré l’aurore
ta tête a explosé de vibrations encore et encore
ton être interrogeait tremblant, le sens de cette mort,
qui se refusait et de cette vie qui se donnait au goutte à goutte.
dans le silence ambré des jours
dans l’épaisseur des heures
dans les gouttelettes suspendues des minutes
dans le noir qui mélangeait les astres,
quand la lune luisait le jour malgré les rideaux
que le soleil éclatait comme une ampoule,
qu’était ta vie ?
ton souffle repérait-il les intervalles du passé ?
ta mémoire te soufflait-elle des images ?
tout ce qui avait compté : les paysages
mais surtout les noms et leur visage,
le rythme des étages
les années de ravages
la maladie qui faisait rage
le mari et les enfants,
et leurs enfantements,
qui remettent tout à plat
quand tu crois tout bien plat
machine à repasser,
infiniment, sans se lasser,
les mêmes plats.
est-ce cela que tu ressassais
dans la lumière étrange de la technicolor
que tu finis par éteindre encore ?
tes derniers mots furent pour s’inquiéter
« tu trouveras à manger dans le frigidaire »
car jamais la mère ne cesse d’être nourricière
d’un mot tu savais ton enfant
et moi qui suis resté sur cette terre,
avec tes enfants nourris au même sein
et les miens déjà loin,
et quelques compagnons
je guette ton âme qui est montée
je guette tes gestes longtemps appris
je tressaute à chaque morsure du vide
à chaque évocation de tes dons
à chaque saveur dont tu m’as fait l’héritier
j’aimerai laisser mes larmes couler
dans l’espoir vain que naisse avec ma peine immense
un baume magique pour le monde et sa souffrance
j’aimerai laisser les âmes soeurs venir en mon coeur
et par leurs chants, le guérir pour qu’il retrouve la paix
comme tu as enfin trouvé la paix.
pour qu’il retrouve sa force, comme tu as retrouvé ta force
mais la souffrance l’empoigne et le serre et resserre
mes sens autour de mon essence, juste pour survivre
juste pour ne pas lâcher, comme toi
qui ne lâcha cette barrière que parce que la mort
t’avais ouvert les doigts, un à un, et te laissa chuter.
du moins je veux le croire, moi qui te vois assise
sur le bord de ton lit, guettant et redoutant, la promise.
tu ne la voulais pas et pourtant tu l’as accepté
Tu la désirais sans que cela t’empêche de te battre
dans le silence des jours et des nuits
qui faisaient des farces de cabotins
en mélangeant les astres et en multipliant les étoiles
tu t’es juste concentrée sur ton souffle
Inspirer, expirer, inspirer, expirer
tu le savais court depuis les marches en montagne
tu en connaissais la musique depuis les salles d’opération.
tu l’avais apprivoisé ce coeur qui t’avais joué des tours
arrachement du frère,
attachement du père,
arrachement des enfants
son rythme te tenait lieu de mélopée.
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