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La plume
Je vous parle d’un temps où j’étais une plume,
Un long duvet soyeux sur le corps d’un oiseau,
Je vous parle d’un temps où sous un clair de lune,
J’ai su guider la main de mon ami Pierrot.
Je savais lui offrir l’éclat de mes nervures
Et toutes les couleurs de mes bords échancrés,
Donner à ses pensées les plus belles tournures,
Ornementer ses lettres de pleins et de déliés.
Quand il trempait ma pointe dans l’encre bleue ou noire,
Je sentais sous ses doigts tant de sensualité
Qu’avec lui je voulais m’accoupler tous les soirs
Pour coucher des mots doux sur le vierge papier.
Bien sur, au fil des ans, j’ai été infidèle,
Et du bout de leurs lèvres, d’autres m’ont caressée.
Si j’ai été parfois insolente et rebelle,
Ceux qui m’ont bien connu m’ont toujours pardonné.
Oui j’ai eu du bon temps avec ce cher Voltaire
Qui a pu grâce à moi transcrire ses idées,
J’ai été courtisé par la main de Molière
Et Pascal m’a livré le fond de ses Pensées.
Je regrette les soirs, où sous une bougie,
L’écrivain inspiré par ma plume légère
Noircissait des feuillets jusque au bout de la nuit,
Car tant qu’il le voulait, je lui dictais ses vers.
Que je sois plume d’oie ou plume d’hirondelle,
J’ai fait le tour du monde tout en restant ici,
Avec des tas d’auteurs qui m’ont pris sous leurs ailes
Et m’on fait voyager à travers leurs écrit.
Certains me comparaient à une plume d’ange
Qui serait par miracle un jour tombée du ciel,
D ’autres plus scientifiques me trouvant très étranges
Cherchaient quel bel oiseau en portait de pareilles.
Certes me direz vous, j’aurai bien pu finir
En fine garniture de moelleux oreillers.
Qu’il aurait été doux avec vous de dormir,
Mais le plaisir d’écrire me tenait éveillée.
Non, pas question pour moi de finir au plumard,
Déformé, écrasé par une grosse tête
Alors que j’aurais pu en rencontrant Ronsard
Partager avec lui ses rimes de poète.
J’aurais pu aussi bien, ça aurait été chouette
Décorer le rebord d’un chapeau Tyrolien,
Me poser sur celui d’une femme coquette…
J’aurai eu l’impression de ne servir à rien.
Tout autant j’aurais pu devenir plus lyrique,
Dans un chœur d’opéra, devenir Bel Canto,
Comme la plume au vent…Ah ! quel air magnifique,
J’aurais pris mon envol avec Rigoletto.
Souvent j’ai bien failli servir de fanfreluche,
Meneuse de revue dans un grand Cabaret,
Un peu comme le sont les plumes des autruches
Sur les fesses des filles où on les a plantées.
J’aurais connu alors un succès planétaire
Avec ce truc en plume fait pour vous exciter,
Tous les gars voulaient voir celui d’ Zizi Jeanmaire …
Mais combien de pigeons cette dame a plumés ?
Aujourd’hui, terminé je ne suis qu’un poids plume,
Mon combat est fini, je suis vraiment K.O,
Mais j’ai souvent envie, car j’ai tant d’amertume,
De voler dans les plumes de vos affreux stylos.
Claude écrit le 26 Avril 2020
( ancien poème )
https://www.youtube.com/watch?v=sc7DeSUyBm0
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