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C’est au carrefour du Romarin
Des gueules-de-loup et des oeillets,
En dix neuf cent soixante et un,
A quinze ans, que je t’ai croisée.
Après les jardins ouvriers,
On déboulait droit sur l’avenue.
C’était midi. Le ciel riait.
Et je suis sûr de t’avoir vue.
On faisait du grec, du latin...
Tout ce que nos parents voulaient.
Même si ça na servi à rien,
Ca faisait bien dans le quartier.
Avec son oncle ambassadeur
Et ses p’tites entrées chez Malraux,
Fredo comptait pas pour du beurre.
D’ailleurs c’était lui le plus gros.
Moi je parlais de ma guitare
Et je frimais comme un artiste.
Derrière marchait Michel Delebarre,
Celui qui a fini Ministre.
Tout ça pour te dire qu’à cette heure,
A ce carrefour, en ces temps là,
Les mômes se voyaient pas chômeurs.
Salazar, on connaissait pas.
Les révolutions étaient faites
Et nous, on avait tout compris!
Pourtant quand j’ai tourné la tête
Au coup de klaxon du mongy,
J’ai vu ton reflet dans la glace.
C’était bien toi.. Fleur au fusil,
Tâches de rousseur et Pataugas..
Et moi, l’idiot, un peu groggy,
Les dents scotchées sur mon chewin-gum,
J’ai pressenti l’amour d’un homme
Et j’ai couru vers la vraie vie
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