|

Les héros de cette aventure
De nationalité anglaise
Vont me compliquer l'écriture
Dans cette langue où je n'ai d'aise
Aussi, pour éviter les fautes
Dont les lettrés se moqueraient
Et plutôt que je ne les saute
D'emblée je les franciserai
Quant à monsieur Fletcher, lui-même
Et son sévère commandant
Selon leur prénom de baptême
J'écrirai "William" ou "Christian"
Fils de Charles Fletcher et d'Ann
Cinquième enfant de la fratrie
Christian [ne dites pas "Christiane"]
À "Eaglesfied", vient à la vie
Dans ce lieu, tout près de l'Écosse
On ne joue pas de cornemuse
On est marin de père en gosse
Pas pêcheur, car trop de méduses
Le père disparaît en mer
Quand Christian fête ses quatre ans
Laissant le clan qui désespère
Avec en prime un autre enfant
La famille criblée de dettes
S'exile sur l'île de Man
Et à six ans, peut-être sept
Christian rejoint le continent
Au collège de "Cockermouth"
Il a des pensées vagabondes
Car le gamin veut être mousse
Pour voguer jusqu'au bout du monde
En tant que garçon de cabine
Il rejoint la "Royal Navy"
Et sur une frégate has been
Il entame son autre vie
Un sous-lieutenant du navire
Natif du nord des Cornouailles
Le croise souvent sans sourire
Il s'appelle sir "William Bligh"
Chacun de son côté voyage
Et prend du galon lentement
William est maître d'équipage
Quand Christian est simple aspirant
C'est dans la marine marchande
Que tous deux vont se retrouver
Dans une course vers l'Islande
Pour ne plus jamais se quitter
Ensuite, vers la Jamaïque
Bligh, l'enrôle comme second
Un poste dont Christian s'acquitte
Avec zèle et abnégation
En mil sept cent quatre-vingt-sept
D'un trois-mâts, Bligh est commandant
Aussi son dévolu, il jette
Sur Christian et ses vingt-trois ans
Bligh l'engage comme "Cipal"
Sur son navire "Le Bounty"
Et vers les Indes, met les voiles
Avec escale à Tahiti
Après un voyage tranquille
De près d'une année sur les flots
"Le Bounty" accoste dans l'île
Et libère ses matelots
Pendant cinq mois, ils gobichonnent
Nouant des liens d'amitié
Avec les gentils autochtones
Surtout avec les vahinés
Ces attitudes libertines
Entraînent la répréhension
De Bligh, âpre à la discipline
Qui punit aussi son second
Le quatre avril quatre-vingt-neuf
"Le Bounty" et tous ses marins
Lève l'ancre, plein comme un œuf
De plantation d'arbres à pain
À plus de mille kilomètres
De leur édénique lagon
Les marins et leur quartier-maître
Se réunissent sur le pont
Car, lassés de la dictature
Du commandant à leur égard
Ils commettent la forfaiture
Qui va marquer la grande Histoire
Ils jettent dans une chaloupe
Bligh et dix-huit de ses amis
Puis, attrapant le vent en poupe
"Le Bounty" file à Tahiti
En vue de l'île derechef
Les Tahitiens sont si contents
Que le grand indigène en chef
Marie sa fille avec Christian
Tandis qu'on se révolte en France
Tandis que Bligh souque et chaloupe
À Papeete on chante et on danse
Le tamouré en "hula-hoop"
Puis les relations dégénèrent
Christian et ses amis s'échappent
Quittent l'île au cœur de l'hiver
Et vers l'orient mettent le cap
Sur l'île "Pitcairn", ils se posent
Incendient leur bon vieux trois-mâts
Alors qu'au pays de la Rose
Bligh accoste et se plaint au roi
Durant ce temps Christian est père
D'un garçon et d'une fillette
Quand surgissant de l'Angleterre
Un bateau s'amarre à Papeete
C'est un vaisseau de la police
Qui vient rechercher les mutins
Pour les remettre à la justice
Mais Christian est déjà bien loin
En mil sept cent quatre-vingt-douze
Les mutins sont exécutés
Plus tard, Christian et son épouse
Sur l'île se font massacrer.
|