POEVIE.NET

 

Mes poèmes - Forum - Livre d'or - Liens - Moi

 

La camisole de force *

le mercredi 08 juillet 2020, à 11:33. Posté par René


    * Quelle abomination ! Dieu merci ne doit quasiment plus être employée

    Elle hurle la fille folle
    Derrière la porte vitrée,
    Bien sanglée dans sa camisole,
    Elle pleure, gémit, prostrée.

    Mais soudain, entre deux injures,
    Elle s'exige délivrée,
    Menace et crie à ma figure
    Des mots crus et orduriers.

    Que je maudis cette impuissance
    Où je me sens présentement !
    Moi qui rejette avec constance
    Les mesures d'enfermement.

    Mais comment lui dire la peine
    Que j'ai de tant la voir souffrir?
    Et ô combien cela me gêne
    De ne pouvoir désobéir !

    Quand je te sens si malheureuse
    Ma pauvre soeur camisolée.
    Serais-tu donc si dangereuse
    Qu'il te faut rester ligotée ?

    Ah ! si j'étais de ce service
    Le Grand Patron, le Mandarin,
    Je mettrais fin à ton supplice,
    Pauvre victime du destin.

    Je brûlerais les camisoles
    Et jamais ne m'en servirais.
    Et mon geste ferait école.
    Car de l'amour naît le progrès.

    Rennes 1968






<< Retour aux poèmes

 

Donner une note à ce poème ... (Note actuelle : Pas de note)
Vous devez être connecté sur Mespoemes.net pour donner une note à un poème.

 

commentaires ( 4 ) (Ajouter un commentaire)
cristalle le mercredi 08 juillet 2020, à 13:18
Bonjour René
Votre poème est tres émouvant et me touche particulièrement,la psychiatrie est un monde méconnu ,fermé, encore tabou avec des pathologies très diverses dont on ne guérit pas et souvent cataloguees dans le langage courant,je vous livre un de mes poemes( un peu long) que j'avais écrit sur une patiente "boderline "pathologie que je connais plus particulièrement (l"es états limites "que même les psychiatres ont du mal à appréhender,où les médicaments ont peu d effets , la souffrance énorme et le parcours difficile pendant toute une vie,merci pour le partage,la psychiatrie est le parent pauvre de la médecine et les traitements parfois indignesl:a camisole et l'enfermement ou la camisole chimique,il n'est pas surprenant que leur espérance de vie soit bien inferieure à la normale et que le taux de suicide soit élevé
Je vous souhaite une agréable journée
Amitiés poétiques.
Martine
Mots doux,mots d' où.?

 

Mes poèmes - Forum - Livre d'or - Liens - Moi

 

Parcours d'une borderline

le vendredi 12 juillet 2019, à 17:06. Posté par Martine


Même invisible 
une étiquette 
Colle à sa peau 
Depuis longtemps 
Depuis trente ans 
Indélébile 
Etat limite 
Névrose d'angoisse 
Cyclothymique 
Phobie sociale 
Abandonnique 
Ou dépressive 
Que sais-je encore.... 
Elle est lucide 
Vit dans l'effroi 
Se sent nuisible 
Tant de questions 
De non réponses 
Des mots valises 
Ou "c est comme ça "!!! 
Vous n'avez qu'à....!!! 
Et vivre avec? 
Méthode Coue 
Elle n en peux plus.... 
Fauteuil roulant 
Là dans sa tête. ..... 
Des injonctions: 
Occupez-vous! 
Remplir le temps..... 
La cinquantaine 
C est la retraite? 
Pas tout à fait.... 
Elle est trop jeune 
Etre invalide 
Ça change tout..... 
Un imprévu 
Indigerable 
Carrière tronquée 
Pas de cadeau 
Pas d arrosage 
Pas de discours 
Départ en douce 
Fut appréciée 
Et motivée 
Vingt-cinq années 
Elle s'en alla 
Sans au-revoir 
Vite oubliée 
Ca ne se dit pas 
Ce mal maudit.... 
Fatalité? 
Pas de hasard.... 
Elle n y croit pas.... 
Relaxez-vous! 
Reposez-vous! 
Pensez à rien! 
Travaillez...travailler... 
Bien sûre , sur vous! 
Avec recul! 
Vivez l instant! 
Dans la douleur? 
Quand elle surgit 
Sans prévenir? 
Avec l angoisse? 
Lorsqu'elle vous plombe 
Et vous assaye 
Et lâcher prise!!!! 
Commnt fait-on? 
L'immense vide 
Vient l'envahir 
A quoi peut-elle se raccrocher 
Quand on lui dit de tout lâcher? 
Elle tombe...tombe..... 
Mais elle devine 
Que son cerveau 
inadapté 
Aux circonstances 
Un peu perdu 
Perd ses reperts 
Pas en vacances 
Ne comprend plus 
Ce "trop de temps" 
N'est plus "normal" 
Elle doit chercher 
Sans aucune pistes 
Sans aucune aide 
À "être utile" 
Alors pour qui? 
Et puis dans quoi? 
Quel objectif? 
Frapper toute seule 
A quelques portes 
Puis essayer 
Mais sans savoir 
Ce qu'elle souhaiterait 
Qui rencontrer? 
Mais avant tout 
Ne pas sombrer.... 
Encore plus bas ..... 
Et son enfant 
Qui la voit ,là 
Anormalement.... 
Il en pense quoi? 
A compris quoi? 
Pas de questions.... 
Il n'en parle pas 
A ses copains 
Car leurs mamans 
Sont au travail 
Elles se dépêchent 
Sont débordées 
Elle ....ne sais plus 
Ce qu'elle fait là 
Ce qu'il faut dire 
Ou plutôt taire 
Son assurance 
Elle l 'a perdue 
Comme sa confiance 
A disparu... 
Mais pas de questions 
Tout le monde s'en moque 
De ses journées 
A la maison 
Comme sa mère? 
Ça elle refuse... 
A part son fils 
Qui rentre le soir 
Maison,cuisine 
Devoirs,jardin 
C'est quoi sa vie? 

Toujours lucide.... 
Sans divaguer 
Son cerveau pense 
Sans arrêts... 
Des thérapies 
Pendant trente ans 
Elle a cherché 
Et tout tenté 
Allopapathie 
Neuroleptiques 
Anxiolitiques 
Les psychotropes 
Les somniferes 
Les perfusions: 
Bien symboliques 
Lui a--ton dit 
Longtemps apres 
Un bon moyen 
Pour la soigner 
Par le toucher 
Avec les doigts 
Palper ses veines 
Et puis poser 
Là sur sa peau 
Un pansement 
Avec chaleur..... 
Électrochocs 
Le même signal 
Une piqûre 
Pour s'endormir 
Enfin en paix 
Sur un brancard 
Comme un malade 
Mais bien "normal" 
Que l'on endore 
En chirurgie 
Bien entouré.... 
L'anesthésiste 
Le médecin 
A ses côtés 
Qui gère le choc 
Les convulsions 
Cette patiente 
Qui se repose 
Elle ne sent rien 
Réveil facile 
Presqu'apaisee 
Ce qu elle voulait 
Etre touchee 
Une main qui stoppe 
Tous les tourments 
De son cerveau 
Il y eu l'inverse 
"La démodée 
Psychanalyse".... 
Tant critiquée 
Elle parle seule 
Elle analyse 
N'est qu'un cerveau.... 
Les oubliées: 
Ici en vrac 
Les thérapies 
Cognitivistes 
Dans l air du temps.... 
Sophrologie 
Méditation 
Transcendantale 
EMDR 
Médicaments 
Longtemps prescrits 
Par des médecins 
Et d un seul coup 
Rayés de la carte 
Des prescripteurs.... 
Car soupçonnés 
D'avoir servi 
A des drogués 
La conséquence 
Les insomnies 
Pour le patient.... 
Elle n'est pas seule 
Disent les médecins 
Est-elle coupable? 
D'acceptation 
Des ordonnances 
Qui furent prescrites 
Pendant dix ans? 
Elle a subi..... 
A fait confiance.... 
Longtemps....longtemps.... 
De la patience 
Beaucoup...beaucoup..... 
Et les sevrages 
Obligatoires 
Ou conseillés 
C est par envie 
Que "les patients" 
Prenant "ces drogues" 
Autorisées 
Devinrent coupables 
Et même cobayes 
D'essais nouveaux: 
Effets de mode..... 
Changement d'époque.... 
Alors elle doute..... 
Culpabilise 
Est ballottée 
Par la medecine.... 
Elle ne sait plus 
Ce qu'elle était..... 
Ni ce qu'elle est.... 
Elle perd confiance 
Devient méfiante 
En décalage 
Face aux discours 
A fleur de peau..... 
Hypersensible 
Une apparence..... 
Souvent trompeuse 
Dans ses silences 
Mêmes quand parle 
Une partie d'elle 
Est isolée 
Un peu absente 
A peur des autres 
Des jugements: 
Ceux qu'elle ressent 
Meme s il n y a qu'elle.... 
Est effrayée 
Par ses colères 
Parfois violentes 
Là dans ses tripes..... 
Et trop sensible 
Aux injustices..... 
Accumulées 
Qu'on laisse passer 
Sans dire un mot 
Prendre parti 
Et le déni ..... 
Et les non-dits..... 
Elle ,parle trop... 
Pour défendre 
Trop d'empathie 
Qui transparait 
Elle entend trop 
De confidences 
L'obeissance.... 
La loi du pere 
Peur des reproches 
Même anodins.... 
Epuisement 
De repeter..... 
Parce qu on l'oblige 
Est-ce "la folie" 
Qui l envahit? 

Répétition....: 
Déjà enfant 
Ses deux parents 
Qui s'etripaient 
Criaient des mots 
Vulgaires violents 
Une spirale 
De violence 
Et spectatrice 
Figée d' effroi 
Cerveau violé 
Manipulé.... 
Et asservi 
L autorité 
Du patriarche 
Ses injonctions 
Si insidieuses 
Elle se taisait.... 
De temps en temps 
Son corps parlait 
Ses nerfs craquaient 
Souvent la nuit 
Là dans son ventre 
Les émotions 
Bien enfouies 
Elle appelait 
La mère a peur 
Le père s énerve 
Et le sauveur 
C'est le medecin 
Mais on voulait 
En la rendant 
Encore coupable 
La faire partir 
Dans une maison 
Dite"de repos" 
Elle se sentis 
Abandonnée 
Et sans nouvelles 
Qui réveilla 
Une autre histoire 
Bien plus ancienne 
Lorsque sa mère 
A l hôpital 
Dût la laisser 
Dans d'autres bras 
Peu chaleureux 
À moins d un an 

Mais ce n est rien..... 
Est-elle la seule 
"Écorchée vive"? 
La psychiatrie 
Regorge d'humains 
Traumatisés 
Cellules ou chambres 
Peintes de fardeaux 
Couvrant les murs 
Jamais visibles 
De ces "asiles" 
Ce nom est tu 
Il est tabou 
"Clinique psy" 
Pour " burn-out" 
Pour trois semaines 
Ça passe mieux 
Surtout pas dire 
Qu'on est venu 
Tous les deux ans 
Ou plusieurs mois 
C'est l 'escalade 
Vers le sommet 
De "la folie" 
La double peine..... 
L'intolérance..... 
Rien n'a changé.... 
Ont-ils un corps 
Qu'on peut toucher 
Ces drôles d'humains 
Car leur blessure 
N'est pas visible? 

L épuisement 
Pas d autres mots.... 
Le corps qui parle 
De plus en plus.... 
Et la colère 
D'abord sourde 
Que l'on avoue 
Puis que l'on tait 
Devient physique... 
Là dans sa chair.... 
Le fatalisme 
Des médecins... 
Science non parfaite 
Une empathie 
Semble exister 
Mais quelle puissance 
Et quel pouvoir 
Face aux patients 
Ces ignorants.... 
Le manque d argent 
Et les lobbys.... 
La psychiatrie 
Le parent pauvre 
De la médecine... . 
Pourquoi se battre? 
Et contre quoi? 
Et avec qui ? 

Et puis pour Elle 
Rien ne fût dit 
Que du déni 
Dans son histoire 
Le père est mort 
Et sans remords 
Sans aucun mots 
Même affectif 
Pour son enfant. 
Sa mère perdue 
En gériatrie 
Trop violentée 
Et cette femme 
"Psychiatrisee" 
Elle ne fut rien 
Qu'un ustensile 
N'a plus de racine 
En décalage 
Dans ses secrets 
Est de nulle part 
Soixante cinq ans 
Sa voix s'éteint 
Son corps vieillit 
De l'interieur 
Rien ne se voit 
De l'exterieur 
Sa faible voix 
Passe souvent 
Inaperçue 
Elle s est trompée 
Car c'est contre elle 
Qu'elle a lutté 
N'a pu s'aimer.... 
La résilience? 
De Cyrulnick 
Elle n'a pas su.... 
N'a pas compris.... 
Pas courageuse? 
Libre à chacun 
De l avouer 
A fleur de peau... 
Elle est à vif.... 
Ne sait écrire 
Que des poèmes 
Des nouvelles 
Parfois même gais 
Est-elle-coupable? 
Petite poussière 
Dans l air ambiant 
Ici ,ailleurs 
Là-bas ,nulle part.... 
Vous avez dû 
Un jour croiser 
Sans le savoir 
Cette femme mystère..... 


Dans cet espace 
Une seule lumiere 
Brille dans son cœur 
Et c'est son fils 
Elle ne veut pas 
Être un poids lourd 
Il faut qu il vive 
Pour lui, son couple 
Elle ne veux pas 
Que sa belle-fille 
Ait une belle-mère 
"psychiatrisee"..... 

Elle n'a plus de corps 
Juste un cerveau 
Que l 'on épuise 
A petits feux 
Par des questions 
Et des paroles 
Ou des cachets 
Sa peau est morte 
Pas de contacts... 
Elle voudrait juste 
S'en aller loin 
Tout doucement 
Ne plus souffrir 
Ni faire souffrir 
Ceux qui l entourent 
Elle voudrait être 
Un chat malade 
Qui disparait 
Tres dignement 
Sans qu on le voit 
Et sans rien dire 
Même pas miauler 
A-til souffert? 
En s endormant 
Il est en paix 
Peut-être pas loin...... 
On ne l oublie pas 
Il est vivant.... 
Notre mémoire 
Dans sa maison..... 
Son cimetière 
Sur le fauteuil 
Est son coussin 
Ce n est pas triste ..... 
On se souvient 
De sa beauté 
Pelage noir 
De sa quietude 
Corps alangui 
De sa chaleur 
Boule de poils 
De sa douceur 
Ses coussinets 
Il s'étirait.... 
Il ronronnait..... 
Et même calmait 
Ses longues souffrances 
Par sa présence 
Là sans paroles 
Et sans questions.... 
La légèreté .... 
Juste une image.... 
Une photo 
Une impression.... 
Le souvenir..... 
Qui doit rester 
C est celui-là.....

commentaires ( 2 ) (Ajouter un commentaire)rivaudais le samedi 13 juillet 2019, à 00:06
Un poème qui devrait être lu, voire appris par tous les soignants en psychiatrie.Et je sais de quoi je parle, ayant fait une partie de ma carrière dans ce milieu très spécial. Un texte bouleversant et réaliste ô combien.

liameliavq le lundi 22 juillet 2019, à 05:52
Le terme qu'a employé René est tout à fait approprié : BOULEVERSANT et Ô combien réaliste dans la description du chemin chaotique de "folie" qu'ont du parcourir maints patients atteints du même mal...
De quoi devenir fou en effet, c'est dramatique et tragique. La science a quelque peu évolué mais c'est loin d'être la panacée...
Je te tire mon chapeau pour cet écrit de courage.
Bien amicalement.
LN.

Ajouter un commentaire à ce poème en tant que cristalle :

Nom

Email (optionnel)

commentaire

 

 

 

Mes poèmes - Forum - Livre d'or - Liens - Moi

 

Hébergé gracieusement par MesPoemes.net - Créer un site internet


capucine812 le mercredi 08 juillet 2020, à 21:49
Bonsoir René
Très touchant et très émouvant votre poème ainsi que ce que décrit Martine dans son commentaire ça fait froid dans le dos
Amitiés poétiques
Maryse

domidom le jeudi 09 juillet 2020, à 11:58
Bonjour René...
Un texte profond et bien écrit, il faut avoir travaillé dans ce milieu pour comprendre...
J'ai travaillé onze mois dans l'enfer de la psychiatrie, ce que j'ai lu est bouleversant de vérité...
J'ai dénoncé des sévices terrifiants affligés aux malades par certains infirmiers, alors, on m'a changé de services, un service que je n'ai pu supporté, alors, j'ai démissionné...
J'ai perdu mon emploie, avec la satisfaction d'avoir envoyé ces monstres aux tapis vert....
J'avais vingt huit ans....
Horribles souvenirs à jamais gravés dans ma mémoire...
Bonne journée à vous...
Amicalement, Domie

helianthus le jeudi 09 juillet 2020, à 20:42
C'est jolie. Mais la pitié pour un détraqué est aussi dangereuse que lame est éguisée.

Ajouter un commentaire à ce poème en tant que :

Vous devez être connecté sur Mespoemes.net pour poster un commentaire.

 

 

Mes poèmes - Forum - Livre d'or - Liens - Moi

 

Hébergé gracieusement par MesPoemes.net - Créer un site internet