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La brune, la blonde ou la rousse
Laquelle est la plus dégourdie ?
C'est indéniablement Larousse
Qui créa l'encyclopédie
Bon, trêve de plaisanterie
Rendons hommage à ce grand homme
Qui écrivit, durant sa vie
Celle des autres, en dix tomes
Pierre vient à la vie dans l'Yonne
À Toucy, très précisément
Dans les premiers jours de l'automne
Du gouvernement Talleyrand
Bref, en l'an mil huit-cent-dix-sept
Sous le règne du "Roi Fauteuil"
Dans sa petite maisonnette
Le jeune Pierre entrouvre un œil
Charon-forgeron est son père
Pas intellectuel pour un sou
Et sa mère est cabaretière
Pourvoyeuse de clients soûls
Or le gamin, bien au contraire
Est un grand amoureux des mots
Il loue le siècle des Lumières
Ne jure que par Diderot
Aussi les parents en extase
Croyant fermement au génie
Après l'école "toucycoise"
Envoient le gamin à Paris
Plus exactement à Versailles
Dans une école supérieure
Pour que de retour au bercail
Leur enfant soit instituteur
Pendant trois années, il professe
Dans son village "poyodin"
Mais constatant trop de faiblesse
Dans les programmes enfantins
Il quitte sa "Puisaie" natale
Trouve un petit emploi d'instit'
Aux fins fonds de la Capitale
Et à la Sorbonne, il s'invite
Il y suit des cours chaque soir
Ainsi qu'au collège de France
Étudie au Conservatoire
Des Arts et Métiers, et par chance
Pauline Suzanne Caubel
Une donzelle des faubourgs
Dans sa démarche intellectuelle
L'accompagne avec son amour
Il remplit des milliers de fiches
Apprend le latin, le sanskrit
Le grec, le chinois, le yiddish
La philo et l'astronomie
Cette boulimie culturelle
Lui vaut d'être exclu par ses pairs
Et surnommé dans son hôtel
Pierre, "Le Bibliothécaire"
Son emploi de répétiteur
Lui convenant de moins en moins
Avec son beau-frère et sa sœur
Il veut être marchand de vin
Pierre acquiert quelques pieds de vigne
Et, de la plume au sécateur
Il écrit de nombreuses lignes
Qu'il publie à compte d'auteur
Avec un ami bénévole
Il crée les éditions Larousse
Publiant des livres d'école
Et divers thésaurus pour tous
Or, son obsession, son seul rêve
C'est d'écrire un grand dictionnaire
Qu'en cinquante-six, il achève
Avant d'être quadragénaire
Lors, comme au profond Moyen-âge
L'Église dans un vieux réflexe
Condamne l'hérétique ouvrage
En un mot, le met à l'index
Mais ce que peut dire l'Église
Pierre ne s'en soucie pas plus
Que de sa première chemise
Car pour lui ce n'est qu'un début
Ses "Jardin des racines grecques"
"Jardin des racines latines"
N'en déplaise à monsieur l'évêque
Comble la gente estudiantine
Bientôt son œuvre majuscule
Paraît durant plusieurs années
Sous la forme de fascicules
Aux beaux dessins, agrémentés
Le "Dictionnaire universel
Du dix-neuvième siècle" était né
Dix-sept volumes culturels
Pour trente kilos de papier
Bien sûr, pour écrire ces pages
Près de cent collaborateurs
Furent longtemps mis à l'ouvrage
Mais seul Pierre reste l'auteur
En mil huit cent soixante-douze
Pierre subit un A.V.C.
Lors, rapidement il épouse
Son éternelle fiancée
Ce sera sa seule héritière
Car le couple n'a pas d'enfant
Mis à part le petit Robert
Son neveu qu'il apprécie tant
Trois ans après ses épousailles
Pierre meurt de maladie lente
Et, dans la paix des funérailles
On apprend qu'explosent les ventes.
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