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Le chien est mort. Il est allongé au bord du quai.
Une moitié de son corps sur le béton glacé,
L'autre moitié encore en train de glisser,
Tout doucement, hors du port. Bientôt il va sombrer.
Le chien est mort, mais ne repose pas en paix,
Sa mâchoire mord encore un morceau fauché
De tissu, dents ancrées fort dans ce souvenir laissé
Par le tortionnaire et meurtrier du pauvre canidé.
La température, dehors, a dégringolé,
Imiterait-elle celle du corps du nouveau macchabée ?
Quel triste sort pour lui, qui n'avait rien demandé.
Sur le béton le chien est mort, mais pas enterré ;
La scène est gore, le Diable plein de fierté :
Ouvert par le milieu du torse, intestins lâchés -
L'iléon en sort comme une âme damnée,
Le duodénum se tord, relâche sans pudicité
La chyme du mort, à peine digérée,
Et des odeurs trop fortes pour l'air gelé -
Du sang coulant encore de ses immenses plaies,
Le chien est alors en train de se faire manger
Par des mouches carnivores, avides de viande glacée,
Qui viendront, après ce réconfort, ensemble déposer,
En un ultime effort, une laiteuse et gluante armée
D'asticots voraces, hors de contrôles et affamés.
Le chien est mort, son pelage blanc est tâché,
Immaculée conception aurait mieux fait d'être avortée.
Mais quel a été son tort, à part être né ?
Le linceul ne sera pas d'or, mais gris et bleu foncé.
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