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Derrière la fenêtre, la pluie continue de tomber. La lumière s'y distord, et l'on ne perçoit plus que des petits hexagones qui luisent - blancs, oranges, rouges - au travers de la nuit. Une main sous le menton, devant un écran sali par des traces de doigts paresseux, on attend en silence que quelque chose se passe. Pas forcément un évènement extraordinaire, un bouleversement incroyable, non. On attend juste, n'importe quoi, n'importe qui, on attend tout et rien en même temps, on attend un petit changement, une légère secousse, pas grand chose. Mais la pluie continue de tomber, toujours aussi froide, terriblement identique à elle-même, se recommençant interminablement dans chaque goutte et dans l'écho de ce son qui se perpétue d'une façon toujours aussi monotone, terriblement identique à lui-même, se ressemblant fatalement à chacune de ses incarnations, sans la moindre variation, sans le moindre changement que l'on attend désespérément, avec cette même tête lasse qui n'a pas changé de la plus imperceptible des façons, terriblement identique à elle-même.
Et dans l'ombre, des bras se découvrent.
Des soleils se lèvent chaque jours, et décorent le ciel d'une multitude de teintes, de nuances douces pour nos yeux - violet, rose, orange. Il y a longtemps on les voyait comme des dieux, des créatures surpuissantes qui apportent la lumière entre leurs doigts, la laissant couler sur Terre comme un flot divin, comme la chute d'un fleuve venant du paradis. La lumière calme, apaise, réchauffe, soigne, prévient, bref, incarne la positivité absolue. On dit d'un humain heureux qu'il rayonne. Et comme un petit soleil, cet humain répand son bonheur autour de lui, inondant à son tour la Terre de cette lumière précieuse, qui ira, couler de cœur en cœur, rendre d'autres humains rayonnants.
Et dans l'ombre, des ciseaux rougissent.
Les façades. Au final, servent-elles réellement à quelque chose ? On ne s'attarde quasiment pas sur les façades, on ne les juge pas. On les regarde vaguement, sans chercher à voir plus loin. Et c'est ça le vrai problème. On ne fait que regarder ces façades, sans vraiment en prendre conscience, sans même les voir, puisqu'alors on se rendrait compte qu'elles ne sont que façades, et qu'elles cachent autre chose, que sous leur jaune brillant existent d'autres couleurs - blanc sale, gris, noir. Notre superficialité nous empêche même de voir ces façades, c'en est encore plus navrant. Et pour les rares fois où nous les voyons, nous ne cherchons pas plus loin, nous nous contentons d'elles comme si c'était suffisant, en essayant d'oublier qu'on aurait pu aller plus loin, plus profondément ; on tente de rendre propres nos consciences en nous trouvant de sales excuses.
Et dans l'ombre, des jambes tremblent.
En réalité, on ne voit rien, ou rien d'important en tous cas. On ne voit que ce qu'on nous montre, et on est trop stupides pour chercher à voir autre chose. On voit la Lune, mais pas sa face cachée. On voit des prières, mais pas les péchés qu'elles rachètent. On voit des rats, mais pas leurs tiques. Même dans le pire il y a du pire, et c'est cet extrême là qu'on veut à tout prix nous cacher, peut-être par peur de répugner. Ce qu'on ne voit pas, ce qui est dans l'ombre, n'est cependant pas mieux ainsi confiné, emmuré dans une prison de ténèbres, qui alimente et fait grossir le contenu, jusqu'à ce que son contenant soit détruit. Alors, quelle créature en sort ? Elle a différentes formes, mais un seul état : elle est morte. Cette chose en elle-même n'est pas effrayante, loin de là ; les lieux par lesquels elle est passée, en revanche, sont les pires endroits qui puissent exister, défiant l'Enfer droit dans les yeux, crachant au visage de nos représentations les plus atroces, balayant toutes ces chimères que l'on s'est imaginées, pour la simple et évidente raison que ce ne sont que les fruits de notre imagination. Ces horreurs, que les créatures ont vues, sont, elles, bien réelles.
Et dans l'ombre, des hémorragies se déclenchent.
Nous sommes dans les ombres. Avec les créatures bientôt mortes.
Des souvenirs remontent, des pulsions refont surface.
Des idées que les créatures enfouissent, mais qui, tenaces,
Ne se laissent pas abattre de la sorte.
Mais de là à dire que ces pensées sont plus fortes ?
Bien sûr que oui. Elles auraient dû être avortées,
N'auraient dû avoir aucune chance de se développer.
Maintenant il est trop tard, et leur victimes les supportent.
Mais pour combien de temps ? Ces idées refleurissent
En bouquets de cancers dès que le Soleil s'en va,
Des plantes démoniaques jouissant du froid.
Elles s'abreuvent de larmes et de chair se nourrissent.
A l'extérieur, les rares qui voient ne peuvent rien,
A part se morfondre de leur propre inutilité,
Se serrer dans les bras en disant que ça va aller,
Espérer que leurs mensonges forgent un meilleur destin.
Et dans l'ombre, du carrelage intercepte des défunts.
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