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Avant de dénuder la peinture rurale de ma nouvelle prosodie, il me paraît
opportun de vous exposer les extravagantes modalités, qui ont suggéré ce
modeste et humble rondeau.
C’est au cours du mois de brumaire, que j’ai essayé de m’occuper l’esprit
pendant mon éphémère pèlerinage dans un établissement particulier, dont
la chronologie est liée à un assortiment confus de prescriptions spécifiées
ou acquiescées par les transcendantes administrations œcuméniques pour
le fonctionnement énergique des missions ecclésiastiques.
En vérité, nous siégeons à des années lumières de tous ces préventoriums
confidentiels, de ces sanatoriums confessionnels, de ces saints hospices
compatissants accueillant les infirmes nécessiteux, les vieillards disetteux,
les orphelins besogneux.
Selon de patents et notoires mémorialistes, il semble que l’éclosion des
sanctuaires privés est générée par l’embrasement intense de la querelle
intestine ayant opposé ces précurseurs de la propagation des méthodes
prophylactiques et des traitements éradiquant la prolifération des virus,
bactéries et autres microbes à l’obscurantisme des institutions médicales
du secteur public.
Suite à l’accréditation des interventions des maisons de santé privées et à
l’acquittement des soins par les caisses primaires de l’assurance maladie, les
cliniques ont poussé comme des champignons au cours périodes cossues
et fastueuses
Après des bénéfiques décennies, il faut, séance tenante, mettre en place des
instances de surveillance, et opérer une hiérarchisation de l’ensemble de ces
pompeuses fondations.
À l’heure présente les impératifs financiers impliquent concentration et
association de ces implantations, afin de s’acclimater face aux excessives
pressions barémiques décrétées par des recommandations économiques.
Comme je l’ai précisé dans la partie haute de ma rédaction, je suis contraint
de subir une intervention chirurgicale débonnaire, afin de pallier à des
problèmes anatomiques bénins, troubles pathologiques anodins des voies
expulsives survenant fréquemment chez l’homme dès ses cinquante ans.
Je suis hospitalisé dans une acceptable chambre individuelle de forme
rectangulaire, aux cloisons de couleur pistache, au sol cuirassé d’un
revêtement spécial imitant un marbre moucheté, au plafond canari perforé
par deux sources lumineuses commandées par des interrupteurs alternatifs.
Discrètement, à une faible amplitude de la porte subalterne, repose, sur la
paroi dextre de la pièce, un distributeur obligatoire, contenant un fluide
antiseptique, conseillé pour les éventuels visiteurs, quant au mur senestre
rasant l’accès secondaire, il est décoré de boutons servant à de multiples
attributions, dont la principale est de solliciter le personnel soignant au
moyen d’un avertisseur sonore assisté d’un signal rubescent.
L’aménagement de l’espace habitable est succinct, mais correct, avec
présence d’un téléviseur approvisionné par une borne de connexion externe,
non réfractaire aux paiements par carte bancaire, située à proximité du
service d’accueil.
Sous le récepteur d’images sommeille une table recouverte d’une pellicule
mélaminée thermorésistante de teinte acajou, assignée à réceptionner le
plateau servi par l’aide-soignante, avec en devanture une chaise rustique,
attendant courageusement le patient.
En face du petit écran, préside l’invariable et irréductible élément majeur
symbolisé par le lit médicalisé, adoubé aux nécessités impérieuses du
souffreteux.
Il n’est pas dans ma compétence de définir la totalité des caractéristiques
allouées à cette alcôve thérapeutique, comme son piètement équipé de
roulettes favorisant son déplacement, son panneau sédentaire de tête,
son support de pied, son dispositif autorisant la fluctuation des jambes, avec
position droite et plicature des genoux, son relève-buste inclinable, son
châssis ordonnancé généralement en trois tronçons ayant la possibilité
de manœuvrer habilement les différentes parties les unes par rapport aux
autres.
Néanmoins, j’ai toujours eu une passion pour le détail, aussi je n’oublie pas
de mentionner les appareils complémentaires, tel que l’accessoire de literie
souvent garni d’un capitonnage, d’un rembourrement de laine ou de mousse
convenant à la prévention des escarres.
Parmi les équipements supplémentaires, je consigne la potence à levier
trigone accrochée au niveau du faîte du tapis, ou le perroquet posé sur pied,
le produit multi - usage crédible et opérationnel appelé table à manger avec
plate-forme inclinable entourée d’un contour, sans omettre la barrière de
sécurité, la protection en filet, la ceinture avec ses diverses applications
ventrales, pelviennes, dorsales, latérales, le cousin d’abduction de hanches,
la cale de positionnement, le pied à sérum…
La fresque de mon îlot de solitude n’est aucunement terminée, puisque
l’énumération exhaustive n’a pas répertorié l’honorable fauteuil de relaxation
le meuble de rangement, nanti astucieusement d’un tiroir étroit supérieur,
d’un compartiment inférieur, scindé en deux portions égales, secrètement
préservé par un panonceau maniable, objet mobile supportant le téléphone :
ligne ouverte avec un crédit de consommation facilitant la communication
avec ses proches, l’armoire avec sa penderie parée de divers cintres à habits,
la prise à oxygène, les lampes de chevet pour une lecture discrète.
Quitte à précipiter l’inconvénient d’être accoutré d’un hétéronyme peu
prestigieux, du fait de cette saison d’oisiveté, je musarde dans le but de
poursuivre le portrait de cette superficie annexe attenant à ma sphère de
réclusion.
Depuis son seuil, cette étendue monotone comprend un porte-serviettes
austère de tonalité neige de suffisante envergure, cet article jouxte un
convecteur électrique, près de ce radiateur ascétique, un indispensable
cabinet d’aisances réservé pour besoins naturels, gratifié d’une chasse d’eau
point de dernière génération, coiffé d’un vétuste couvercle, mais muni d’un
siège fort docile.
À proximité de ce lieu de méditation, je découvre une brindille rudimentaire,
à stimuler en cas de nécessité absolue ; en continuant la prospection de cet
endroit monocorde, j’aperçois un lavabo simpliste pour ablutions, surmonté
d’un miroir lacédémonien.
Toujours, dans cette zone maussade destinée aux traditions d’hygiène
corporelle, je rencontre une douche, sans différence de niveau, à l’enveloppe
défraîchie, dépourvue de porte et de rideau, dont le récipient collecteur
incorporé au plancher de la salle de bain, embrasse quatre déclivités
facilitant le ruissellement des déchets liquides.
En ce domaine sanitaire spartiate, sans coquette baignoire acrylique à remous,
procurant un effet massant et relaxant, sans spa à débordement, sans
merveilleux jacuzzi, le seul luxe réside en une encoignure de mise en ordre
servant à la pose des affaires de toilette.
Maintenant, je suis devenu la copie analogue d’un ours brun maintenu en
captivité, en exil dans sa cage de fer, arpentant tel un galérien furibond ce
désert si torride, cette terre brûlée et aride, pour me transformer en parfait
homologue d’un cerbère sans suppléance, en sosie pitoyable d’une sentinelle,
comptant continuellement mes cent foulées, et enchaîner ma lassitude à ce
maudit matériel lourd et encombrant.
Ce machiavélique instrument armé à son sommet d’une puissante équerre
prémunie de crochets supportant deux besaces d’un volume unitaire de
trois litres de sérum physiologique prolongées à leur base de tubulure
à perfusion, qui se rejoignent pour concrétiser l’architecture de la lettre Y,
est un chemin de croix.
Ce raccordement est prolongé par une sonde à double courant, dont l’entrée
vous envoie un cathéter de lavage affecté au drainage de votre voie intime,
et la canule de sortie reliée à un collecteur vésical lessive le corps de ces
impuretés nocives et turpitudes nuisibles.
Mes réjouissances journalières sont vivement décharnées, en effet mes
divertissements routiniers se rapetissent comme une vieille peau de chagrin
et impliquent essentiellement le décryptage de revues scientifiques abordant
des thèmes complexes, dont l’interprétation demeure filandreuse, hermétique
et chaotique.
Dans l’intention de réfrigérer le samovar cérébral, aucune broquille n’équipolle
la consultation expéditive et superficielle d’un magazine faubourien, rapportant
les indiscrétions innocentes, les confidences virginales ou les mièvres secrets
largement éventés des bateleurs de l’actualité.
Ces amusements temporaires réussissent à m’exacerber, malgré l’apparition
tardive d’un recueil de mots croisés, et le remplissage des cases blanches,
dont les appellations mystérieuses s‘entremêlent harmonieusement après
élucidation des vocables concordant aux spécifications.
Sur ces entrefaites, je congédie d’un revers de main tous ces rebutants
imprimés, j’intercepte convulsivement un transmetteur signalétique dans
l’optique de démasquer une diffusion attrayante, en état de me défalquer
d’une mélancolie galopante, mais vaine initiative mon communicateur
à distance frôle l’apoplexie, car le déploiement tourbillonnant des chaînes
ne montre qu’une succession ininterrompue de productions prosaïques.
Comment parvient-on à acquérir la putative décence pour prétendre à faire
ingurgiter, sans sourciller, à un téléspectateur désabusé et décontenancé
une bouillie infecte constituée d’indigestes rutabagas ?
Je ne peux me résoudre à chloroformer les images universalisées par le
projecteur numérique, en raison de la vulgarisation des vibrations acoustiques
car ces sensations auditives remplacent un interlocuteur fantomatique.
Je puis vous confirmer, en toute sincérité, que cette invasion endémique
de bourdonnements indistincts, de brouhahas assourdissants supplée, de
manière médiocre, la désolante absence d’un ami dans un donjon confiné,
où fulmine le souffle glacial d’un silence interplanétaire.
Alors, j’étouffe toute source d’éclairage, dans le dessein de hisser les lamelles
en plastique des deux dispositifs de protection contre la lumière, de lover
ces stores coulissants autour de leurs rouleaux horizontaux, et de libérer
les devantures des fenêtres oscillo-battantes.
Dehors, il y a bien longtemps, que l’étoile volcanique a immolé sa toison
d’apparat, le soleil a fourvoyé une formidable potentialité de son énergie
caniculaire et a cessé d’être au zénith de sa majesté.
Bientôt, il n’oppose plus aucune résistance opiniâtre, il se laisse choir,
pareil à un infirme d’âge canonique, de son royal piédestal, et décline
peureusement vers le repos éternel, en délayant des aquarelles rosées, en
détrempant des gouaches orangées, en ravivant des pastels azurés, en
déployant des ellipses mordorées, en exécutant des lavis aux encres bistre,
en juxtaposant des mosaïques ocre et pourpres…
Dans les hébétudes bleuâtres subsistantes, je perçois correctement les profils
foisonnants d’une multitude de criques cylindriques, de golfes recourbés, de
baies ovales aux bordures lacérées, abritant des archipels tortueux, des baies
moutonneuses aux croquis extravagants, des falaises gréseuses, et autres
escarpements rocheux violacés battus par des marées lactescentes.
Comme je désirerais zébrer, pareille à cette évasive rafale d’oiseaux
migrateurs, ce firmament surnaturel, m’estomper et disparaître dans
ces lueurs ouatées, rien qu’une microscopique seconde.
En cette geôle taciturne, point de nuits opalescentes scandinaves, de clartés
crépusculaires jaunâtres, de soleil couchant pourpre-lilas, d’orientations
incandescentes verniennes, aux colonnades fuselées d’une palette vert bleuté,
couleur béryl, ou émeraude, car les particules pulvérulentes et les cendres
aériennes emprisonnent les ultimes apparitions du rayonnement solaire.
Jamais, je n’ai espionné aussi précautionneusement les phases hétéroclites
de l’horizon à la nuit descendante, à aucun moment je n’ai remarqué cette
prodigalité de chapelets équivoques, de rosaires funèbres, ce cortège d’abîmes
aux excavations béantes et profondes.
À l’extérieur, l’obscurité apocalyptique amplifie graduellement son suaire
mystique, constellé d’impressionnantes nappes plus ou moins fibreuses et
filamenteuses, de couches granulées d’épaisseur corpulente, de voiles crochus
et cambrés, de galets ombrés et pommelés, de masses lenticulaires, de solives
saturniennes et compactes.
Toute cette cohorte de nuages disparates s’amalgame dans des lambeaux de
guenilles déchiquetées, aux dimensions papillonnantes, s’entortille autour de
volumineuses spirales aux cimes panachées, se combinent avec des voilures
granulées et stratifiées.
Je me trouve dans l’incapacité d’indiquer la dénomination de ces exhalations
abstruses, d’opérer la distinction entre cirrus, stratus, cumulus, et autres
mofettes, à géométrie inconstante, à base plate, aux protubérances arrondies,
aux mesures à développement vertical, aux sommets floconneux, aux formats
continus, aux voûtes grisâtres.
Ma toile picturale ne possède nulle connotation scientifique et météorologique,
elle découle naturellement d’une étroite conciliation entre mes constatations
oculaires, et mes interprétations individuelles qualifiant certaines de ces
manifestations atmosphériques de brouillards hétérogènes et pondéreux
chaussant quelquefois un gabarit similaire à un trapèze quelconque.
Mon imagination vagabonde place quelques nues atrabilaires dans les figures
mathématiques épousant la carrure d’un triangle scalène, et poursuit de même
la classification des autres suspensions turbulentes en alvéole d’abeille, carré
concave, cylindre cubique, groupe de frises, hélice sinusoïdale, diagramme
d’aspect patatoïde, dodécaèdre pentagonal, zome spiral et losangique, spidron
arachnéen, salinon lunulaire, prisme trièdre.
En prolongeant mes irréfragables investigations, je discerne aux antipodes
une tour cabalistique, qui me scrute irrespectueusement, et me toise avec
superbe et condescendance, tout en clignotant ces deux gros phares
rubiconds.
Cet insupportable obélisque, qui m’examine en permanence, brave l’horizon
noirâtre, et ces globes sanguinaires fusillent du regard trois fenêtres éclairés
situées à proximité de mon bâtiment de surveillance, couronnant un parking
lymphatique, où somnolent une dizaine de voitures silencieuses croquant
le marmot, en espérant sagement la venue imminente de leur propriétaire
pour les extraire de leur engourdissement.
Dans cet empyrée exécrable et caravagesque, soudainement vrombit et rugit
un abominable bouillonnement, prédisant un effroyable orage, escorté
d’essaims catapultant leurs salves colériques dans ma direction, sans négliger
la foudre et le marteau du dieu guerrier Thor.
Des rafales fielleuses fusionnées à des averses diluviennes assaillent des
réflecteurs esseulés aux lumignons défaillants ; ces lamentables réverbères
éclatent en sanglots et versent des pleurs, si bien que cette vision horrifique
m’afflige incommensurablement, et de surcroît j’oblige ma main à entériner
une cadence d’exception pour maculer mon calepin d’hiéroglyphes terminaux.
J’enregistre fiévreusement dans mon mémento des bribes et des reliquats
s’appliquant aux exercices linguistiques manipulant ces fééries cosmiques,
ces miraculeuses arabesques immatérielles, dans un capharnaüm biblique,
étant donné que ma diligence spéculative fléchit dangereusement, et qu’un
intolérable harassement me pénètre et raidit mes membres endoloris.
Je m’évertue à occulter cette douleur lancinante, dont les perpétuelles
constrictions perforent et enflamment mon uretère, et je rejoins péniblement
mon cénotaphe granitique de contrition, jumeau d’un automate désarticulé,
heureux et souriant, tel un enfant qui vient de téter un sein nourricier, car me
voici en compagnie de ma nouvelle poésie.
Mais, pourquoi s’enliser | au fond d’infâme trame,
Conjoncture à rupture, | lunaison de saison,
Clore métaphore | par sésame bilame,
Brûler, sans aduler, | pavillon sans raison.
Un raisin de chemin, | rançon de nouaison,
Pour âme tsigane | de gitane profane,
Un son de trahison, | un ton de véraison,
Mais, pourquoi s’enliser | au fond d’infâme trame.
Ronde vagabonde, | que la faconde acclame,
Sans admonition, | leçon ou oraison.
Quel enjeu dangereux, | entame ou mélodrame,
Conjoncture à rupture, | lunaison de saison.
Une conclusion, | finale fenaison,
Pour tirer de son sang | l’igname, qui diffame.
Le sentiment profond |d’ultime liaison,
Clore métaphore | par sésame bilame.
Nul vin de Pergame, | aucun épithalame,
Ni chapon, venaison, | oison, ou livraison,
Il faut semer daphné | colchique, jusquiame,
Brûler, sans aduler, | pavillon sans raison.
Avant qu’effusion | des plants, en floraison,
Déclame ou réclame | la dame au cœur cérame,
Que messe soit dite au | giron de cargaison,
Perfidie maudite, | j’équiperais ma prame.
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