plumedefou le dimanche 11 octobre 2020, à 04:13 Bonjour gimnote29,
" *volontairement j'ai changé gageure en gajure.. "
Voici ce que j'ai trouvé qui n'est pas piqué des hannetons...
N’en déplaise à bon nombre de journalistes de la télévision qui s’échinent quotidiennement à mutiler la langue française, le mot "gageure" ne rime pas avec erreur ou mineure, mais avec culture ou confiture. En effet, on ne dit pas une [gajeure] mais tout simplement une [gajure].
Pour mieux comprendre cette prononciation, commençons par disséquer ce mot étrange.
Depuis le moyen-âge, le français accole à des verbes un suffixe très pratique, le suffixe "-ure", pour signifier le résultat, le fruit d’une action. Exemple : si vous épluchez, le résultat de votre action sera une épluchure. Si vous bavez, une bavure, si vous vous blessez, une blessure. Il en va de même pour des centaines de substantifs en "-ure", comme… chaussure, raclure, ou crevure.
Gageure appartient à la même famille de mots en "-ure" et provient tout simplement du verbe "gager" (qui signifie parier).
Rafistolons maintenant notre mot.
Nous avons donc le verbe "gager" et le suffixe "-ure". Mais si vous accolez les deux, vous obtenez [gagure], un mot guttural et bien éloigné de la sonorité du verbe gager. On aurait pu, me direz-vous, utiliser le "j" dans ce mot apparu dès le douzième siècle. Mais bien avant Gutenberg, les moines copistes rechignaient à utiliser le "j", trop souvent pris pour un "i". Heureusement, ils avaient leur arme secrète : le "e" muet (appelé aussi "e" caduc). On retrouve encore aujourd’hui ce "e" muet couramment utilisé derrière le "g" dans des mots comme pigeon, encourageant, plongeon, obligeance, sauvageon, bougeoir, ou encore vengeance. Vous le voyez, le "e" sert uniquement à "adoucir" le "g" pour obtenir le son [j]. Dans notre cas, le "e" de "gageure" a donc comme simple et unique vocation de retrouver la sonorité [j] de [gajure].
La gageure, fruit de l’action de gager, est donc un pari. Aujourd’hui, on emploie surtout ce mot dans le sens de pari irréalisable, de défi au bon sens, de tour de force, et l’on emploie par exemple l’exclamation "quelle gageure !" comme l’on dirait "quel pari insensé !".
La réforme de l’orthographe de 1990 suggéra l’écriture gageüre, comme l’on écrit aigüe. Mais une langue ne se réforme pas, elle se comprend, elle se pratique. Le "e" de gageure, bien que "muet", dévoile l’histoire et l’ingéniosité du français.
Bien que je connaissais la prononciation exacte, j'étais ignorant de l'histoire.
Voici qui est comblé grâce à vous !
Amitié poétique...
Marcel, alias plumedefou;
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gymnote29 le dimanche 11 octobre 2020, à 07:33 Bonjour Marcel, j'adore votre haute pertinence merci pour ce remarquable travail, moi qui suit qu'un technique (diplômes électricité et génie atomique) je savoure notre belle langue avec gourmandise sans modération et suis rebelle définitivement au massacre d'Azincourt que nous subissons encore pour des raisons politiques, alors votre cours magistral me plaît , beau dimanche de lettres, Amitiés de poète jean francois |
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