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Voguant sur la caraque, | nommée Santa-Maria,
Suivie des caravelles | La Pinta et La Nina,
Un génois te baptisa | la belle Hispaniola,
Incarnant, des Antilles, | le splendide catleya.
Dans la province du nord, | à côté de Cap-Français,
Où un impressionnant | agave se balançait,
Se rencontrait un endroit, | qu’un notable finançait,
Et qu’une main asservie | et sûre ordonnançait.
Alors, une décente et | sage parturition
S’accomplit dans l’ombilic | de cette plantation.
Du moment que floréal | voulut son extinction,
L’étincelant prairial | fit son apparition.
Dans ce radieux éden, | lot du comte de Bréda,
Tu fus l’objet de ses vœux | pour fracasser cet état
De domestication | et ces chaînes de forçat,
Grâce au gré de ton maître : | Saint Baillon de Libertat.
Ta confondante hideur, | insigne des rogatons,
Avec profil aquilin, | et contrefaits ripatons,
Percuta par sa phobie | le déficient raton,
Fils d’adoption, aussi | vilain qu’un Fatras-Bâton.
Aussitôt, avec vigueur, | tu te mis en train pour lire.
Avec application, | et rectitude à transcrire,
Infortune et navrement | ne furent plus à proscrire,
Car le destin dénoua | l’horizon avec sourire.
Tu recueillis promptement | le sens des ambitions,
Enjambas les échelons, | résistant aux horions,
Devins cocher habile, | plus expert qu’un agrion,
Guérisseur et commandeur | de cette habitation.
Quand larve de papillon | charnue se métamorphose,
Chenille se modifie | comme chrysalide éclose,
Mais, de la péripétie, | il reste très peu de chose,
Qu’elle soit tramée de vers, | ou ressuscitée de prose.
Retiens-tu le culte | offert aux tout-puissants vaudous,
Au creux du Bois-Caïman, | à ces prédicateurs fous :
Appelés Dutty Boukman, | Jeannot Bullet, Biassou,
Jean-François, plus brûlants que | des incendies d’amadou.
Bien entendu, ce fait | les tambourine coupables
D’injurier, de piquer | les formules vénérables,
Les statufie de rebuts, | d’anthropophages de fables
Atteignant l’envergure | des crapules vulnérables.
Dorénavant, un désir| de foucades t’accompagne,
Et tu pars pour secourir | la suprématie d’Espagne,
Mais ta détermination | faiblit, tourne bride et stagne,
Car ces possédants pillent | ta charmille de cocagne.
Tu comprends ta méprise | de soutenir des larrons,
De traquer, de poursuivre| de frêles captifs marrons,
Afin de les récolter | pour d’exécrables colons,
Et déserte l’escadron | en délaissant tes patrons.
Présentement, tu combats, | en protecteur valeureux
Errant des Crêtes Noires | jusqu’aux Massifs des Matheux,
Choriambes vaporeux | sur des terrains pierreux,
Sans jamais redouter temps | secs ou climats pluvieux.
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