|

Au total, un girondin, | venant de la métropole,
Le flamboyant Sonthonax | respecte cette parole,
Brisant l’asservissement. | Brusquement, la carmagnole
S’élance pour voltiger | ainsi qu’une farandole.
Bref, tu sors hors de l’île | l’influence britannique,
En fidèle partisan | de la jeune république,
Menant à Saint-Domingue, | dentelure colérique,
Raison et convention, | avec patience et tactique.
Puis un jour, Hédouville, | délégué du Directoire,
Souhaitant appréhender | l’ensemble du territoire,
En tant qu’administrateur, | ceint et couronné de gloire,
Est contraint de s’esquiver | sans aucune échappatoire.
L’antagonisme est brutal, | vu que l’opportunité,
Tâtonnement hasardeux | grevant chaque hostilité,
Dévoile un masque matois| car toute réalité,
Qui invente ou élude, | défraîchit la liberté.
Bien que l’assistance | soit réduite, faible et mince,
Que risques, dangers, périls, | ressemblant à une pince,
Te pressent dans un étau, | qui crie, rugit, hurle et grince,
Tu t’inscris en imposant| conquérant à Port-au-Prince.
De tes actions d’éclat, | Bonaparte fut jaloux.
Ton émancipation | aiguillonna son courroux.
Sa rage te lapida | par sifflement de cailloux,
Et t’enferma dans le fort | impitoyable de Joux.
Toi, le serf indépendant, | l’émeutier indocile,
Le factieux réprouvé, | dépouillé de domicile,
Tu revois tes montagnes, | ta planète versatile,
Et sa mâchoire oblongue | d’intimidant crocodile.
Hérétique muselé | grâce à un mors à pas-d’âne,
Dans l’atmosphère grise, | ta méditation flâne.
Un flot de mélancolie | ombre et embrouille ton crâne,
Quand tu rêves du divin | étang de Miragoâne.
Dans ton cachot de ton roux, | fourbu par quintes de toux,
Tu requiers à genoux, | supplies moineaux, hiboux.
L’émoi, qui te menace, | dissimule un regard doux,
Sous des serments de vignes, | des garnitures de houx.
Accablé par les frimas, | engloutissant ton tombeau,
Par l’humiliation, | enluminant ton flambeau
La mort te met au poquet, | en nécessiteux corbeau,
Sans avoir pu célébrer | l’insuccès de Rochambeau.
Ilote ligaturé | par la fureur exemplaire
D’un tyran inconvenant | et sicaire sanguinaire,
Tu péris sans friction, | en exilé solitaire,
Cependant, tu demeures | dans l’histoire légendaire.
Dans les mangroves grouille, | l’efflorescence murmure.
Tous les palétuviers | développent leurs ramures,
Et dans cet érubescent | soleil flambant les natures,
Resplendit un colosse, | chantant Toussaint L’Ouverture.
|