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Le banc

le mercredi 10 mars 2021, à 19:00. Posté par Luc


    Au fond du jardin,
    Il est un banc tout pourri.
    Un banc ? Une grosse planche reposant sur deux pierres.
    D’anciennes bornes ? Je ne sais.
    Bien placé au soleil, dos au mur,
    Il a supporté des temps plus durs :
    Les pensées vagues,
    Les songes du petit matin,
    Les rêveries du midi,
    Les fantaisies du coucher,
    Compagnon de solitude,

    Souvent témoin de conversations heureuses et muettes,
    De soliloques interminables.
    De secrets jugés minables,
    Parfois de confessions intimes prononcées d’une voix fluette,

    Celle de la petite fille si tendre venue s’épancher,
    Celle de la vieillesse espérant retrouver le plancher

    Ils sont partis,
    Seule certitude.
    Qui étaient-ils ?

    Le banc, lui, est resté, fidèle et silencieux.
    Baveux de ceux qui sont montés aux cieux.

    Qu’as tu donc vécu ?
    A qui furent ces culs ?
    Questions qui se perdent dans le silence obstiné du vieillard,
    Qui ne peux bouger et doit se résigner à l’attente. Quel art !

    Je ne suis ni la petite fille, ni le vieillard, mais je les sens si proche.
    Je tends ma main, qui s’enfuit dans le lointain au fond de ma poche.

    Tout est tant insaisissable que tout en devient haïssable.
    Sauf à s’abandonner et à tout donner.
    Mais je n’en peux, qui en veux ?

    La mer a emporté les portes de mon château de sable.
    La mère est partie, nul ne l’a portée : qu’ils aillent au diable !

    L’air de rien, le grand large a pris même ma barge.
    Je me retrouve là, seul et las, dessinant Carthage
    Dans les grains de poussières déposés dans ma main.
    Les gamins, qui hier déposaient des voeux sans lendemain,

    Même eux, se sont envolés avec, sous leur pull, leur larcins.
    Plus rien que ma conscience frêle pour faire barrage.
    Cela ne suffit pas la science de la grêle et d’avoir la rage.
    La banquise gonfle les océans, les marins ne sont pas si malins.

    Les poissons pêchés, vendus aussitôt sur la gréve,
    Ont décidé de ne pas revenir de si tôt et de faire grève.

    Bon ! Seul le plastique et les arbres flotteront comme la planche de bois de mon banc.
    Le banc est toujours là et survivra sans doute avec ses écailles de poisson blanc.

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