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I
Dehors il pleut. La longue pluie ligne le ciel
Et coule lentement sur l'asphalte glacial.
Selon l'allure de la pluie perpétuelle
Des flaques s'emplissent puis se vident d'eau sale.
Mais là où au dehors le décors bouge un peu,
Rongé, érodé, emporté par cette pluie,
Au dedans la vie est bloquée devant les yeux
D'un gamin adulte en proie au Vide infini.
II
Au final rien ne sert, au final tout est vain,
Les livres pourris, la poussiéreuse console…
Les albums ne tournent plus, le poste est éteint ;
Alors les disques s'ennuient, s'usent, se désolent.
Le faux sourire des peluches ne tient plus :
Comme leurs membres, point par point, il se défait.
Et aucun ami, pas même ceux de tissu,
Face à l'épreuve du temps ne peut résister.
Mais peu importe : ils sont devenus inutiles.
Eux aussi, ils ont fini par être abandonnés.
On les regarde aujourd'hui comme objets futiles -
Enfin, si on daigne encore les regarder…
III
Dans les tréfonds de la nuit transitent les voix
Abrutissantes des animateurs radio
Qui disent des choses que nul n'écoutera,
Des paroles vides que l'on appelle "infos".
Des rires préenregistrés, en boucle, éclatent,
Se logent dans mon cerveau en éclat d'obus,
Et mes pensées, qui vainement, contre eux, se battent,
S'engagent dans une guerre déjà perdue.
Alors l'aube se pend à mes pleurs saturés,
Saturés de bruits abrutissants, parasites ;
Alors le soleil ne se lèvera jamais,
Mes rêves tomberont en pluie de satellites.
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