|

Si j’eus été un circonvoisin sectateur
de Herbert Georges Wells, je lui
aurais certainement emprunté la
Machine à remonter le temps, pour
me fondre dans les effets de
l’homme invisible, et je me serais
absenté pour un interminable
périple, refusant une halte dans l’Île
du docteur Moreau, sans craindre
d’affronter la Guerre des mondes.
Contrairement à cet incisif prophète,
talentueux visionnaire, prédisant les
transmutations plausibles de
l’humanité, réfléchissant sur les
répercussions éventuelles des
expansions scientifiques, je désirai,
à un point inimaginable, m’ensevelir
dans les genèses mémorables du
passé, tâter le pouls de ces souvenirs
ataviques, sans me soucier des
horizons ultérieurs.
Je me fus acheminé, dans une
obscurité profonde, sans étoiles, à
pas de loup, sur la pointe des pieds,
vers cet imposant et fastueux hangar, afin
afin d’exploiter cette donnée
stratégique et de museler les
différentes défenses assurant
l’étroite surveillance d’un précieux
aéronef.
J’eus délicatement séparé les
orgueilleux vantaux condamnant
l’accès, dans l’objectif d’atteindre et
caresser ce majestueux gyroplane,
prodigieux oiseau couronné d’une
voilure tournante, de m’évader de ce
nauséeux dédale, de m’enfuir de ce
labyrinthe quotidien fastidieux.
Pouvoir concrétiser le mythe d’Icare,
connaître des sensations vertigineu-
ses plus intenses que les émotions de
George Cayley, inventeur britannique
un des pionniers de l’aéronautique,
concepteur d’un planeur piloté fonc-
tionnel, me permit d’extraire de l’ou-
bli Jean-Marie Le Bris et sa barque
ailée
.
Certes, je ne fus nullement l’hôte du
littérateur Guillaume Joseph de La
Landelle, un des fondateurs du jour-
nal La Flotte, ami de Jules Verne, de
Félix Nadar et de Gustave Ponton
d’Amécourt, avec lequel il entreprit
la construction d’un hélicoptère à
moteur à vapeur.
Je souhaitai exhumer également des
escarbilles monocordes de l’amnésie
Henry-Jacques Giffard, père de l’in-
jecteur et d’un dirigeable propulsé
par un fluide gazeux, qui devait con-
naître une fin tragique, ne supportant pas
sa déficience visuelle progressive.
Ma conscience fiévreuse m’orienta
vers cet appareil de navigation, pour-
vu d’éléments épousant la forme
d’appendices mobiles, terminaisons
si ambulantes, car torsadées dans des
forges vulcaniennes.
Ces membres astucieusement vrillés,
maintenus solidement au moyeu de
l’hélice durent me propulser en une
fraction de secondes, m’assurer une
parfaite sustentation et me tracter
dans l’atmosphère grâce à l’efficacité
et à l’intelligence de pales vigoureu-
ses réparties exactement en péri
phérie d’un axe central stimulé par
une énergie motrice.
Je ne me résignais aucunement à
évoquer cet étrange artiste et ornitho-
logue lyonnais, Louis-Pierre-Marie
Mouillard, dont la vénération gradu-
elle pour ces vertébrés ovipares,
couverts de plumes, aux organes
supérieurs nécessaires pour le soutien,
le mouvement et le déplacement dans
les airs, aboutit à percer les mystères
du vol, magnifiés par des hampes
fleurs du grand agave, bois aussi
léger et aérien que la plupart de mes
rêves.
Néant, ne serais-je | qu’un soupçon
sur la liste
Abîme malheureux, | en dehors
de la piste
Paradoxe sans voix, |
assoupissement triste,
Oubliant syntaxe, | pensée du
moraliste,
Lapidant ténèbres, | en quête
irréaliste,
Empruntant destinée, | ennui du
conformiste.
Tout n’est qu’illusion, | douleur ou
lésion,
Amour sans lendemain, | nid
d’incompréhension,
Naufrageant délice, | suprême vision
Obtuse d’un monde, | dont la
confusion
Favorise cahot, | discorde et tension,
Routine néfaste, | manquant
d’ascension.
Ah ! rien qu’une fois, | voler brin de
jeunesse,
Nourrir l’espérance, | le grain de la
faiblesse,
Conspuer outrage, | fardeau de la
vieillesse,
Ouvertement avec | dextérité,
prouesse,
Imaginant dessein, | combinant
hardiesse,
Sans aucun repentir, | sans
partir à confesse.
Désormais les relents, | des plaisirs
onctueux,
Éciment les faîtes, | des désirs
montueux,
Saisissent promptement | des cœurs
impétueux,
Immolent souvenirs | des cris
voluptueux
Laminent caresses, | embrassements
fougueux,
Lentement par venins, | par
assauts belliqueux
Ultimes rencontres, | dernières
escrimes,
Sanglées de nostalgies, | de regrets
légitimes
Interminables temps, | dérobades
victimes
Octroyant peu d’issues, | des recours
si infimes,
Non porteurs de projets, | ascétiques
régimes
Suscitant ironies, | surprenantes
maximes.
|