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J’aurais tant ambitionné à me convertir,
sans crainte et reproche, en ombre
granulaire, ceinturée de paillettes
incolores, colorées ou fumées, épousant
une structure feuilletée ou cristalline,
plus ou moins translucide, blanchâtre
ou rose, afin de pouvoir m’exiler à tout
jamais vers cette Afrique suave et
mystérieuse du soleil levant.
J’aurais aimé pouvoir me réfugier au
bord de cet authentique océan intérieur
vaste et secret, alimenté par le débit du
Kagera en provenance d’une province
occidentale rwandaise, la rivière
Katonga située dans la partie sud-ouest
de l’Ouganda, le flux de la Nzoia, le
cours de la Yala, l’affluent Mara, sans
omettre les eaux de la Sondu Miriu,
arrivant ainsi que ses amies de l’ouest
du Kenya
Se ressourcer sur les berges de cette
cuvette tectonique, quasi circulaire,
effleurée par le ruban mythique
équatorial, parallèle imaginaire
encerclant majestueusement notre
planète, et se représenter cette étendue
fabuleuse comparable à la superficie de
l’Irlande abritant plus de trois mille îles,
tous ces désirs inassouvis me font
calquer mes pas sur ceux de
l’explorateur anglais John Hanning
Speke.
Quelle joie aurait été la mienne de
parcourir à ces côtés la vallée du grand
rift pour contempler rien qu’une fois ces
dépressions allongées, ces failles
lacustres et volcaniques, sans chercher
querelle à Richard Francis Burton.
Oui, j’aurais rencontré ce fantastique et
éternel cordon blanc, et attendu son
frère le flot bleu issu du lac Tana, et je les
aurais réconciliés dans le but de
constituer le Nil, dans la capitale du
Soudan, Khartoum, fondée par le vice-roi
Méhémet Ali, position militaire
stratégique, qui assista au massacre du
major-général Charles Gordon, officier
britannique réputé, commandant la
garnison, du 13 mars 1884 au 26 janvier
1885 lors d’un siège héroïque suite à une
insurrection des Mahdistes.
Bien que mon urbanité à l’égard de la
civilisation égyptienne soit sincère et
véridique, je ne m’hasarderais pas à
m’embarquer dans une gracieuse
felouque, afin d’entreprendre une
mémorable croisière sur l’échine de cette
hydre fluviale.
Malgré mon immense affection pour les
sympathiques eucalyptus, les
magnanimes saules pleureurs, les
substantiels palmiers dattiers, et même
les indélicates jacinthes d’eau, l’ordre des
crocodiliens pourra continuer à verser des
larmes, et s’affuter leurs mâchoires, mais
ils attendront fort longtemps avant de
pouvoir grignoter mon cuir.
Et puis n’en déplaise au talentueux
réalisateur du Pont de Remagen, de la
Tour infernale, de King Kong, je
déclinerais son invitation pour figurer
dans Mort sur le Nil, par conséquent je
n’arpenterais pas le pont du bateau à
vapeur le Karnak, et j’éviterais par
conséquent Peter Ustinov, fort imposant
dans le rôle du détective belge Hercule
Poirot.
Je sais, je perdrais l’insigne honneur
d’aborder la resplendissante Linnet
Ridgeway astucieusement interprétée
par Lois Chiles, ni la machiavélique
Jacqueline de Bellefort incarnée par
l’époustouflante Mia Farrow, révélée au
grand public dans le long métrage de
Roman Polanski : Rosemary’s Baby, ni
l’excellente actrice chanteuse Jane
Birkin, tant pis pour moi.
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