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Un si profond Jadis...

le dimanche 23 janvier 2022, à 19:40. Posté par Avenance


    Un si profond Jadis…

    ...Un si profond Jadis précède tout Passé, tout Présent, enfoui à jamais sous l’Actuel et le Vivant-Mourant, un éternel Jadis, une éternelle Antécédence ! Et nous nous retournons en vain, souvent ! Vains Souvenirs, vaine Mémoire, frêle Parole, disparaissantes Images sous l’Enormité d’une Glaise livide...Vaine Mémoire d’avant Naissance, un Paradis d’Absence où nous fûmes lovés, bercés de bienheureuse Inexistence et nous enveloppait alors d’une divine Eternité sans Mal ni Faille ! Et nous nous retournons en vain, souvent ! Ô Paradis apophatiques dont nous cherchons, blessés, mourants, l’Entrée, la Porte fantasmatiques !
    Ainsi existons-nous, si peu d’Années entre deux Paradis inaccessibles, entre d’incommensurables Durées, projetés dans l’Infini du Devenir, entre Naissance étrange et Mort indéchiffrable, dans l’Intimité d’un Corps mouvant, béant vers d’autres Corps inintelligibles, ouverts à la Profusion du Dehors, au Basculement du Jour et de la Nuit, Ô brève Traversée vigilante et rêvante des Brumes du Négatif, des Ronciers du Sensible, lisant et bégayant les Etoilements frangés de Noir du Monde, les Ecritures et les Signatures difficiles avec la Ruche bourdonnante des Mots, Intersection fragile, recommencée toujours des Essaims d’Emotions primitives et du Phrasé logique d’impossibles Vérités grimaçantes, douloureuses, inachevées ! Une si profonde Présence !
    Un si profond Jadis, un éternel Devenir indéterminent nos Vies, l’Action, la Pensée et les Chants inventoriant le Monde, les Univers de l’infiniment Petit à l’infiniment Grand, cherchant à débusquer en tous Sens et désespérément les Substances désormais éclatées, le Principe manquant que chaque Epoque tente en vain d’arrimer sous un Vocable unique, Ciel de l’éternelle Idée, Dieu transcendant toutes Choses, Esprit universel, Cause suprême, Volonté, Histoire, Différence, Matière, Vie, Finitude, Infinitude, Être, Néant...Un Exode, une Compréhension tentée, interminables ! Nous avons été chassés, séparés de l’éternel Jadis. Dans le Discontinu et la Fascination. Avant l’Avant, après l’Après nous fascinent et la Présence dispersée, l’Epars. L’Imprépensable. Le Sans Retour. En Vérité, une si profonde Errance !
    « Sunt Lacrimae Rerum » s’écrie Enée, dans l’Enéide de Virgile, chez Didon, devant les Fresques de Troie en Ruines et Flammes : « Ce ne sont que Larmes ! Tout est Larmes. » Deuil et Mélancolie trouent le Manteau de Vie, d’Amour, obstruent l’Echappée des Possibles. Fixent et nouent en Abcès les rares Clartés du Devenir, l’Efflorescence des Images mentales. Closent d’Obscur et d’Archaïque et de Silence les rares Interruptions de l’Horreur, de la Souffrance d’Être. Deuil et Mélancolie se tiennent à Jamais auprès des Séparés, des Ruines, des Monceaux de Gravats, de l’Ombre cendreuse des Défunts...Tout est Larmes pour le Deuil et la Mélancolie. Et de longs Thrènes rythment la Lourdeur funéraire des Cortèges de Vivants délaissés. Pourquoi ce lourd Silence ? Pourquoi ces Chants ? Pourquoi les Langues et les Livres ? Pourquoi l’Humanité ? Pourquoi la Terre ? Une si profonde Souffrance !
    Voyants et Voyantes nous manquent ! Nous sommes abandonnés ! La Science fouille en vain les Origines et le Futur au Moyen d’Hypothèses variables, décevant de Poétiques Attentes. Je songe, remontant le Passé mythique, à la Sibylle de Cumes prophétisant pour les Mortels, de son Antre profond, la Naissance d’un Enfant ramenant l’Âge d’Or et l’Immortalité, je songe à la Pythie de Delphes du Temple d’Apollon, la Prophétesse sur son Trépied, cachée comme l’était Isis, d’un Voile impénétrable, mâchant des Feuilles de Laurier et proférant de mystérieux Oracles originels tirés des Abîmes de la Terre, prédisant l’Avenir de Formules apolliniennes ! Je songe au divin Asclépios, rassurant, guérissant les Malades, déchiffrant la Buée de leur Souffle sur un Miroir de Bronze, écoutant les Vaticinations de leurs Gémissements ensommeillés...Une si profonde Absence !
    Orphelins du Jadis éternel et des lointains Futurs, nous existons pourtant, un Temps. Il faut se préparer : est-ce possible ? Sans Doute rêverons-nous longtemps encore dans le Temps imparti, à l’Autre inconnu de Nous-Même, entre l’Intimité et le Dehors, entre Jadis et Demain éternels !…..

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