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Ce soir là, j'ai laissé mon cœur entre tes dents.
J'ai infusé toute ma douceur dans tes lèvres,
Ma sincérité et mon amour - gauchement ;
Je t'ai fait rire en cette minute trop brève,
Quand, ce soir, j'ai laissé mon cœur entre tes dents.
Je te l'ai offert comme un dévot, le front bas,
Offrirait son âme à l'autel de son Seigneur.
M'ouvrant le ventre, je t'ai donné mes abats,
Où se prédisait l'inéluctable malheur.
Je t'ai humblement offert mon cœur, le front bas.
J'ai quand même essayé, alors que j'avais vu,
Déjà, des nuages sombres couvrir nos têtes,
Les éclairs et la pluie sur nos âmes déçues,
Mon cœur devenir fantôme d'anachorète.
J'ai quand même essayé, alors que j'avais vu.
Entre tes dents, mon cœur est resté si longtemps...
Sans trêve tu croquais le pauvre bout de chair,
Martyr exsangue, éclat de viande à bout de sang,
Les entrailles que j'espérais revoir entières.
Mais mon cœur est resté longtemps entre tes dents...
Or, égoïstement concentré sur mes maux,
Je n'ai pas compris la charge de ton silence,
De tes hurlements muets se faisant l'écho -
Tels des mécènes estropiés - de ta souffrance
Puisque ton cœur aussi était entre mes crocs.
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