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Des Larmes et des Limites, en Vérité.
….. »Laissez-moi pleurer au Bord de la Mer… ! Sous un Désert d’Etoiles, sur les Rivages solitaires, laissez se répandre et se taire le Fond sans Fond de Soi, la Vérité amère de l’inaccessible Réel… ! » Secret des Larmes, les Pleurs diraient ainsi, trouée de Sanglots et de Silence, la Vérité ? Ô l’impossible Retrouvaille de la Chose perdue ! Les Pleurs seraient ainsi les Traces et les Signatures difficiles de l’Impossible ? En Vérité, l’Ante-Natal, les Eaux premières, pleines et rondes, ô Délice absolu de la Chair non encore exposée, sans la Morsure du Dehors, la Chair toute, indivise, immergée et bercée au Dedans dont nous aurions secrète Mémoire ! Ante-Natal, Ante-Langage où Rien ne manque, intégrale Possession de Soi-Même, sans Désir ni Attente !…..
« Laissez-moi pleurer au Bord de la Mer car les Limites et les Leurres surabondent en Vérité. » Une Tristesse amère émanant du plus loin des Lointains que nous ne connaîtrons jamais, un Deuil sidéral, une Absence acosmique car les Beautés du Ciel antique n’étaient que Rêves et l’Harmonie des Sphères une Illusion. Illusion la Prolifération rassurante des Dieux que nous ne sommes pas, que nous aurions dû être ! Nous sommes cette moderne Désillusion, cette Limite, cette Faiblesse à tout jamais, Surabondance de Leurres, de Désenchantements ! Nous sommes cette impossible Transgression vers la Divinité !…..
Tout Pleur est Signe d’Abandon. Nous pleurons sur l’Abandon des Jours enfuis, nous pleurons en Secret notre pathétique Naissance et la Disparition en Enigme des Proches, sur les Promesses fragiles de l’Amitié, sur la Béance que laisse l’Amour perdu, sur la Déception des Etreintes, sur les Ruses malsaines de la Tendresse, sur les Niaiseries et les Banalités de la Parole amoureuse, sur le Va-et-Vient de l’Attraction et de la Répulsion. L’Amour navigue sur cette Houle adverse, entre Vertige et Stabilité, entre Souffrance et Jouissance, ces Soeurs Jumelles de la Passion, originelle Jalousie, Impatience native, scopique et sensuelle, dans le Bourbier de l’Inconscient, Jour et Nuit, Chemins d’Ornières, Chemins de Ronces où l’Autre nous déchire la Peau de l’Âme, où l’Esprit s’égratigne et saigne d’une insolite Désolation…
Toutes Larmes jaillissent de l’impossible Union sacrée de la Limite et de l’Illimité, du Rêve et du Réel. Fantasmes d’Emancipation, Promesses de Dépassement et de Progrès sans Fin, Fantasme mortifère du Tout, Tentation maladive du Désir d’Infini et d’Affranchissement butent et s’écrasent contre le Mur de l’Interdit, sur la Frontière et la Limite humaines, sur l’Epouvante de ce Réel massif et sur l’Abîme d’Être : l’Eloignement. Eloignement de l’Origine, Eloignement sans Cesse de l’Ultime. Que l’Eloignement soit la Limite infranchissable, Ô Prodige insensé, Ô Mystère tenace !
Nous ne parlerons désormais qu’à Mi-Voix selon de multiples Détours, selon des Digressions sans Nombre, des Myriades de Fugues parce qu’il n’y a pas de dernier Mot, parce qu’il y a de si nombreuses Voix, de si nombreuses Guises à dire la Vérité d’Errance et de Limites, à dire la Vérité pudique d’Elles-Mêmes, de l’Intériorité abyssale de Soi, de la Terre et du Monde dont l’Essence est Conflit, de l’intime Mouvance des Autres, de leurs Intonations et de leurs Bégaiements, de leurs Larmes amères. Nous ne parlerons qu’à Mi-Voix mais à Outrance car la Limite se dérobe à nos Prises, toujours plus loin à l’Horizon et plus profonde vers les Fonds, parce qu’il y a de la Parole pléthorique, du Plus, du toujours Plus à tendre vers la Limite, nous parlerons à Outrance et à Silence parce qu’il y a un En-Deçà du Parler et un Au-delà de la Nomination, une Muraille inhumaine d’Inconnaissable, du Moindre à dire, Logorrhée et Mutisme alternés, de même Source issus…
L’Eloignement sera notre Limite indépassable dont vient le Mystère des Larmes, la Vérité errante, jusqu’à la Joie, peut-être, une certaine Joie mesurée, prudente, de ne sombrer ni dans la Démesure ni le Fantasme de la Totalité ni la Folie. Des Larmes et des Limites, en Vérité…..
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