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Je suis tous les matins
Je suis tous les matins de l’aurore qui passe,
Tous ces bruits de forbans qui achèvent la nuit,
Je suis le conquérant prisonnier de la nasse
Où il a survécu au fond des mers impies.
Je suis le mercenaire qui prend un bout de terre
Pour anoblir ce monde qui n’est pas merveilleux,
Je suis l’analphabète qui recherche des vers
Pour d’une simple rime, rendre tout merveilleux.
Je suis la simple croix, au dessus d’une tombe,
Qui tout au long des jours ne cesse de prier,
Je pense à ces années qui comptent pour des plombes
Et se résument ainsi : ‘’ tout ne fait que passer…’’
Je suis la mer privée de son Cap d’ Espérance,
Les marées qui remontent me filent la nausée,
J’ai plein de vague à l’âme, toutes ces conférences
Ne servent plus à rien et je me sens largué.
Je suis l’arbre coupé au cœur de la forêt,
L’écorce qui reluit de prénoms entravés,
Quelques mots mis à nu pour mieux ressusciter
Les amours si précoces que l’on a oublié.
Je suis l’astre perdu dans l’Univers futile,
Poussière dérisoire tout juste saupoudrée
Par une Voie Lactée et l’étoile qui brille
Pour que dans mon sommeil, je puisse encor’ rêver.
Je suis les pauvres mots que trouvent les poètes,
Les larmes des fontaines auxquelles je n’ai pas bu,
Les baisers confessés, en manque d’épithètes,
Les pavés dépravés qui cherchent une rue.
Je suis tous ces nuages qui dans le ciel dérivent,
Les gouttes de la pluie que l’on ne peut sécher,
La rivière perdue, en quête d’une rive,
Et les champs de la Beauce sans leurs gerbes de blé.
Je suis l’ombre qui jouxte un rayon de soleil,
Le chemin que l’on prend sans trouver une issue,
Le voilier démâté, qui jamais n’appareille,
Les dentelles des îles, par le vent décousues.
Je suis le sang qui coule, je suis le vin des veines,
La blessure qui se ferme sans qu’on la cicatrise,
L’abeille affolée qui a perdu sa reine,
La fleur du cerisier en manque de cerise.
Je suis le gai pinson, ce vrai pince sans rire
Qui malgré son chagrin arrive à amuser,
Cet oiseau musicien qui devient l’oiseau lyre
Quand ses cordes vocales en sont toutes pincées.
Je suis le grain de sable orphelin de la mer,
La crête d’une vague rêvant d’une montagne,
La rose qui se meurt dans un jardin désert,
Un Roi qui n’aurait plus de châteaux en Espagne.
Je suis la libellule se posant sur l’étang
Au milieu des roseaux où elle bat de l’aile,
Je suis la poésie, mais sans ses vers luisants
Qui tout au long des siècles lui tiennent la chandelle.
Je suis le bras de mer qui recherche ta main,
La tète que se pose au creux de ton épaule,
Les doigts enchevillés sur ta peau de satin,
Et les draps de nos lits recouverts d’auréoles.
Je suis la note bleue perdue dans le solfège,
La chanson qu’on fredonne, tant elle vous a ému,
Je suis les doigts qui cherchent à faire des arpèges
Tout le long de ton corps où tout m’est défendu.
Claude écrit le 25 Avril 2023
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