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Gravés sûr une pierre
Gravés sûr une pierre, les mots restent figés
Pour nous donner les noms des morts pendant la guerre.
Les monuments aux morts ne sont que le reflet
D’un pan de notre vie refusant de se taire.
Gravés sûr une pierre, les mots trop modelés
Exposent à nos yeux le relief de leur forme,
Sous l’ombre d’un vieux chêne qui veut les raturer
Où l’éclat du soleil qui l’été les déforme.
Gravés sûr une pierre, tant de mots démodés
Ne se lassent jamais d’essayer de renaître,
Lorsque dans le granit, leur brillant alphabet
Nous indique des choses que l’on prend à la lettre.
Parfois un peu de mousse s’immisce dans leur creux,
Afin de camoufler leurs aspérités vierges,
Par pudeur ils se cachent et se font silencieux
Comme des S.O.S qui brusquement émergent.
Ne lance pas la pierre qui fait des ronds dans l’eau,
Le ricochet des mots se passe de rivière,
Les rebonds sont factices, ils sont pris dans l’étau
Et quand on les regarde, notre gorge se serre.
Laisse les mots forger leurs propres caractères,
Bien au-delà des plumes et du noir encrier,
Nul ne peut les gommer car rien ne les altère,
Puisque notre présent se nourrit du passé.
Laisse les mots voguer vers de nouveaux rivages,
Laisse les s’embarquer pour dévoyer le temps,
Il n’y a pas de rides sur leur blême visage
Et c’est la larme à l’œil qu’on les quitte vraiment.
Oublie les énoncés, les fautes d’orthographe,
Chaque mot se débrouille, sans règles, comme il peut,
Avec pour se nourrir, en guise d’épitaphe :
‘’ Ici-bas, en ce gite habite un cul-terreux.’’
Ainsi, les mots bannis ornent les sépultures,
Pour ne pas que l’oubli les efface à jamais,
Ils sont comme la feuille, ivre de ses nervures
Qui traverse le temps et ne tombe jamais.
Gravés sûr une pierre, vivants mais immobiles,
Les mots se perdent ainsi dans les deltas du lierre,
Au milieu des fissures, leurs traces trop fragiles
Griffonnent quelques noms dans les vieux cimetières.
Claude
écrit le 8 mai 2023
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