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Mes poèmes - Moi

 

Ma source

le samedi 27 avril 2024, à 00:08. Posté par Claude



    Ma source



    Elle dort, invisible, cachée par les roseaux,
    Dissimulant son eau sous un toit de verdure
    Avant de devenir ce lac ou ce ruisseau
    Dont j’entends en amont à peine le murmure.

    Sa vie commence là sous des failles calcaires,
    Dans ce monde spectral qu’elle va irriguer,
    Puis elle jaillira en simple filet clair
    Invitant le soleil à se désaltérer.

    Le ventre de la terre longtemps la purifie
    Pour mieux en exhumer ses larmes souterraines
    Qui vont couler le long des bois et des prairies
    Comme ces gouttes d’eau que le torrent égrène.

    En ce lieu bucolique où il fait bon rêver,
    Les fleurs qu’elle nourrit ont un parfum d’extase,
    L’eau fraîche qui serpente en mince ruisselet,
    Personne n’oserait la mettre dans un vase.

    Seul le croassement entêtant des grenouilles
    Peut trahir une mare qui semble suspendue
    Au vol des libellules, aux oiseaux qui gazouillent ;
    Tout ruisselle de vie dans cet endroit touffu.

    Les gens qui la connaissent respectent son silence,
    C’est seulement son charme qu’ils viennent y puiser,
    Ainsi en bénissant l’eau de la résurgence,
    Ils donnent à la vie sa soif de pureté.

    Aux premières gelées, blottie dessous la mousse,
    Elle aime s’endormir et se laisse stagner,
    La danse des flocons en douceur l’éclabousse
    Et des plaques de glace brisent ses ricochets.

    Bien avant de passer au-delà des frontières,
    A l’abri des regards jaloux de son tracé,
    Elle change d’aspect, devient puits de lumière
    En cherchant les reliefs qui vont l’apprivoiser.

    Elle se plait alors à devenir l’eau vive
    Capable tout l’été de faire reverdir
    Les herbes asséchées et les plantes chétives
    Qui sans son existence finiraient par mourir.

    Au fond de la vallée, en devenant rivière,
    Ses méandres fantasques vont se diversifier,
    La captive murée, si longtemps prisonnière
    Au creux d’un bras de mer se verra libérée.

    Marcheur impénitent, n’y va pas t’abreuver,
    Va vers d’autres villages, va vers d’autres fontaines,
    Le contact de tes lèvres pourrait la polluer
    Où même la tarir…j’en aurai de la peine.

    L’homme l’a tant meurtrie dans sa course champêtre,
    Ses chances de survie sont toujours menacées,
    Alors pour éviter un jour de disparaître,
    Il lui faudra peut-être à nouveau s’enterrer.



    Claude écrit en 2013 après une randonnée
    au Mont Gerbier- de- Jonc

    Illustration musicale :
    Guy Béart : '' L'eau vive ''

    https://www.youtube.com/watch?v=HA5TfAbsBiM

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