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L’Arbre qui cherche ses racines
Je cherche mes racines, perdu dans la forêt,
Moi la petite graine que le vent à semé,
Loin des montagnes bleues de ma terre natale,
Je me sent rejeté comme cet étranger
Qui croyait qu’en ce monde poussait un idéal.
Les autres conifères ont tous grandi ici
Auprès de leurs ancêtres épargnés par la scie,
Moi, j’attends que les hommes décident de m’abattre,
Je sais depuis longtemps que je suis en sursis,
Et que mon corps brisé pourrait finir dans l’âtre.
Je dois m’habituer à garder le silence,
J’essaye de cacher jusque à mon existence,
J’ai compris qu’exilé je ne suis pas chez moi,
Les gens de ce pays rejettent ma présence…
Ici c’est ma maison, mais je n’ai pas de toit.
Même les randonneurs ne me regardent pas,
Je n’ai pas la beauté des grands épicéas
Qui majestueusement déploient leurs verts branchages,
Le promeneur néglige mes moindres apparats
Et mon aspect effraie les oiseaux de passage.
Seules les poétesses caressent mon écorce,
Impriment le prénom de leurs amours précoces,
Parfois je les inspire, elles gravent des vers
Qui parlent de passion, de longues nuits de noce …
Ce ne sont que des mots incrustés dans ma chair.
L’Automne la forêt enceinte de couleurs
Dépeint de sa palette la lumière des heures
Où se noie la beauté d’un lointain paysage,
Dans le ciel, les nuages comme des laboureurs
Emportent les semences au gré de leur voyage.
L’Hiver je m’engourdis sous les cristaux de glace,
Le gel fait sur mon tronc de profondes crevasses,
Près de moi les sapins aux branches enneigées
Me montrent qu’ils résistent et qu’ils sont plus vivaces…
Les arbres eux aussi ont de la cruauté.
Quand le Printemps déroule son beau tapis de fleurs,
Je me surprends alors à devenir rêveur,
Le parfum des prairies vient me saouler la tête,
Tout semble reverdir mais cela est trompeur
Puisque le vent du Nord dans sa fureur me fouette.
L’Eté je cherche l’eau que je ne peux puiser
Redoutant l’incendie qui pourrait enflammer
Ma cime déplumée, mes branches bien trop sèches,
Si je devais brûler et partir en fumée,
Loin de mon doux pays, loin de ma douce Ardèche,
Jetez mon tas de cendres au pied des châtaigniers.
Claude
Poème écrit en 2013
Illustration musicale :
Maxime leforestier : '' Comme un arbre dans la ville ''
https://www.youtube.com/watch?v=tf8vNJT7HvE
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