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Les voiliers
Je voyais les bateaux alignés sur le quai
Et mon cœur chavirait de leurs plus beaux voyages,
Allant des Kerguelen jusqu’aux îles Féroé,
Ou après tant d’épreuves, ils trouvaient un mouillage.
De près ils ressemblaient à des vaisseaux fantômes,
Personne n’avait l’air de se trouver à bord,
Ce n’était pas l’ambiance de la Route du Rhum,
Pas le moindre skipper ! mille millions de sabords !
L’espace maritime baignait dans le silence,
Le soleil se chauffait sur les pontons déserts,
Les voiliers immobiles dans le port de plaisance
Attendaient impatients de reprendre la mer.
Car dans ce faux roulis qui les rendaient bancals,
Ils n’avaient qu’une idée, partir à l’aventure
Et une fois sortis des berges du chenal,
Offrir à tous les vents leur plus belle voilure.
Ils avaient fière allure, rangés dans le bassin,
Un petit clapotis battait contre leur coque,
Un léger alizé sifflait dans les filins…
De quoi rendre furieux le Capitaine Haddock !
Ils me semblaient avoir le cœur à marée basse,
Comme tous ces bateaux prêts à appareiller
Dans l’espoir de franchir au plus vite la passe*
Où un jour vent debout, ils pourront tout larguer.
Les mats espéraient bien qu’on leur mette les voiles,
A bâbord, à tribord, en douce ils inclinaient
Leur tube de métal mis à la verticale
Sur lequel des mouettes venaient faire le guet.
J’imaginais alors leurs voyages au long cours,
Ces grandes transhumances que l’on fait sur la mer,
Sans escale, sans aide pour vous porter secours,
Un peu comme un nomade perdu dans le désert.
Avec eux je pouvais faire le tour du monde,
Aller de Vancouver aux îles Salomon
Et pouvoir vérifier que la Terre est bien ronde
Rien qu’en pointant au loin la ligne d’horizon.
Certains avaient des noms à réveiller des rêves,
Leur simple résonnance les rendait majestueux,
Aucun d’eux ne s’était échoué sur la grève
D’une côte sauvage, près de la Terre de Feu.
Mais à quoi bon songer à tant de belles choses
A tous ces trimarans qui volent sur les eaux,
La plupart des voiliers restent au port, je suppose
Et les rêves qu’on fait nous mènent en bateau.
Claude
Ecrit le 1 Mars 2026 en flânant le long d'un quai
à Port Camargue.
passe* = chenal étroit ouvert à la navigation
Illustration musicale :
''Les voiliers sauvages de nos vies'' Vaya Con Dios
https://www.youtube.com/watch?v=ySkSp6RhP6M&list=RDySkSp6RhP6M&start_radio=1
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