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Lettre à un vieux poète
On peut facilement, ce n’est pas compliqué,
De tout bon écrivain sortir les vers du nez.
Il met un ‘’point’’ d’honneur au bout de chaque ligne
A vous faire comprendre ce que ses doigts soulignent.
Il fait tout son possible pour qu’on le prenne au mot
Mais tout en se gardant, bien sûr, d’en faire trop.
C’est la fleur au fusil et des chansons en tête
Qu’il part sur les sentiers comme on part en goguette,
Mais au bout du chemin, quand le cœur n’y est plus,
Il a vite compris quelle sera l’issue.
Alors un jour de plus devient un jour de trop,
Il cherche à arrêter le cours de son ruisseau.
Il faut prendre ses maux bien souvent à la lettre
Puisque ses mots résument l’état de son mal être.
Ce désespoir qui vient et qui vous apostrophe,
Il sait le résumer dans l’écrin d’une strophe.
Souvent il se complait à embellir les choses,
A voir le ciel plus bleu et la vie tout en rose.
Il fait tout son possible, oui mais les feux de joie,
Ce sont des feux de pailles et ils ne durent pas.
Faut-il s’en détacher, faut-il lui en vouloir
De ne pas nous offrir que de belles histoires ?
Faut-il fermer ce livre que nous avons aimé,
A cet endroit précis où son style a changé ?
Faut-il par ignorance le condamner à tort
Quand le silence parle au bout de ses doigts d’or ?
Faut-il le renier, le traiter de maudit
Quand il décrit l’Enfer mieux que le Paradis ?
Laissons lui les lumières des nuits de pleine Lune,
La beauté du désert et ses vagues de dunes,
Laissons lui la musique et le chant des oiseaux,
Et tous ces mots qu’il peint du bout de son pinceau,
Laissons lui cet écho au chœur des cathédrales
Qui teinte le vitrail d’un tableau de Chagall.
Laissons lui ce futur qui n’a plus d’avenir
Mais voudrait rester jeune en se sentant vieillir,
Laissons lui les palais, les châteaux en Espagne,
La froideur des cachots, les misères du bagne
Et ce bonheur de vivre qui se meurt tout à coup
Quand plus aucune femme ne se pend à son cou.
Laissons lui les trophées, les médailles, la gloire,
Le pain blanc si rassis qu’il mange son pain noir,
Laissons lui cet honneur d’avoir tant de génie,
Lui, simple malandrin pourvoyeur d’élégies,
Lui simple messager qui transmet ses poèmes
Parlant des transhumances d’une vie de bohême.
Qu’il garde cette odeur du vent dans les cheveux
Quand il s’est parfumé dans les lavandes bleues
Et que tourne la roue des rayons du soleil
Sous l’arche colorée digne d’un arc-en-ciel.
Laissons lui une plume avec un encrier
Pour que sur le chagrin il puisse disserter,
Laissons lui l’équation digne d’un théorème :
E=mc2, formule d’un ‘’ je t’aime’’.
Car…
Le poète avant tout laisse épancher son cœur,
Vague à l’âme, désespoir … j’en passe et des meilleurs,
Et quand le vent d’Automne lui arrache ses feuilles,
Rempli de désespoir, il a la larme à l’œil.
C’est la mélancolie qui le pousse à écrire,
Et la douleur du spleen qui le pousse à mourir.
Il a beau essayer de dérider ses rimes,
C’est toujours le chagrin qui lui revient en prime.
Il a lu Lamartine, Baudelaire, Musset,
Il sait de quoi il parle quand les vies sont brisées,
Toutes ces cicatrices, comme des crucifix,
Il peut vous les montrer à travers ses écrits.
L’encre devient son sang et la plume son arme,
Il vous fera pitié tout en gardant son charme.
Chez lui tout est ‘’pansé’’, c’est du travail ‘’soigné’’
Il cache les ‘’blessures’’ qu’il ne peut refermer.
Vous ne saurez jamais combien son cœur est lourd,
Il meurt, mais au grand jour et seulement d’amour.
Quand la nuit les étoiles lui portent des messages,
Il aimerait tant faire les rêves de son âge,
Oui mais dans ce silence où la nuit se dilue,
Le sommeil ne vient pas et il ne rêve plus.
Il nous ressemble tant dans son costume d’homme,
Nous sommes ce qu’il est…il est ce que nous sommes.
Claude écrit le 5 Avril 2026
Illustration : Tableau de Marc Chagall : '' The blue Fiddler''
Illustration musicale :
Jean Ferrat ''Les poètes'' (d'après un poème de Louis Aragon)
https://www.youtube.com/watch?v=WyERqIOQufg&list=RDWyERqIOQufg&start_radio=1
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