|
Du Fond des Années Mortes.
…..Un Ciel d’orage plombe et illumine, tour à tour, l’Espace et la Mémoire, la capiteuse Opulence des Jardins oniriques, les Chambres intérieures parées, jadis, pour les Fastes d’Amour et désormais désertes, le Coeur...Il vient, du Fond des Années mortes, l’Echo mourant des Plaisirs et des Jeux, des Tristesses et des Pleurs, d’indicibles Mélancolies et des Ravissements sans Noms, l’Enfance...Il vient d’un Ciel de Plomb, alourdi de Tentures violacées, des Salves de Lueurs comme des Traces sanguinolentes, les Signes délavés de ce qui fut et palpita, aride maintenant et stérile, le Vif, la Vigueur...Du Fond des Années mortes, il monte, au Son de funèbres Tambours, d’aigres Flûtes, il monte des Foules de Personnages en Cortèges intermittents et bariolés, affligés de Sanglots ou de Ricanements, graves, parfois, parfois hilares qui vont se perdre en s’estompant, sur des Barques en Partance ou vers le Fond d’une Forêt profonde, la Mort…
Nous n’aurons, dans le grand Âge, séniles et voûtés, grimés d’un Teint blafard, connu qu’une infime Partie de l’Innombrable et de l’Extrême, nous n’aurons savouré que le Peu de Plaisirs que le Corps nous accorde et que contient la Chair, même pas épuisé le Trésor des Paroles dissimulées au Sein de notre propre Langue, de l’Amour nous n’aurons su que le Hasard des Rencontres éphémères, que le Jeu et les Ruses factices de la Séduction volatile, la Douleur des Ruptures, l’impossible Androgynie originelle. Nous n’aurons pu mesurer que l’Inachèvement des plus grandes Oeuvres, leur Altération infinie, notre propre Insatisfaction native au Miroir de Don Quichotte et de Faust, nos Frères, nos Amis...De l’Amitié, nous ne sortirons pas du mystérieux Paradoxe d’Aristote : « Ô mes Amis, il n’y a pas d’Amis ! « Et l’Immortalité ne nous fut pas donnée… Du Fond des Années mortes, il me semble entendre une longue Cantilène désaccordée…
Le Sort dernier s’approche qui est l’Eloignement de Soi, des Autres, Semblables Etrangers, les Amis inconnus dont viennent, du Fond des Années mortes, de frêles Silhouettes, au plus Lointain, les Effigies cireuses. Attachement, Arrachement et nous avions rêvé le Chatoiement et la Beauté des Choses à Outrance, ces Fleurs, ces Fruits, ces Corps et ces Alcools brûlants qui incendient la Chair et embrasent les Sens, te souviens-tu de la Splendeur de ces Jardins, de ces Parfums, la belle Essence de la Germination et du Fleurir, le Mystère des Couleurs et des Mots enlacés, le Jointement des Différences et la Magnificence des Eclats d’Être et de Matière, les Genèses dont nous admirions la Puissance, les Fécondations qui semblaient éternelles, d’indicibles Voluptés dont nous sommes, à jamais, maintenant séparés…Du Fond des Années mortes, une éternelle Plainte…
Nous finirons nos Jours dans le Silence solitaire, la Mémoire dévastée et le Corps égaré de n’avoir pas étreint la Vie, Songeries creuses, Figures brisées de nos Divinités intimes, boiteuses et déchues, Rêveries illisibles, Douleurs osseuses, Ruminations. Alors, nous descendrons à l’Indéterminé où Tout se désassemble, où nul Lendemain ne fleurit. La Tombe nous sera Vérité, Impureté et Déshonneur. N’espère alors, ni Parole amicale ni la Béatitude des Bienheureux, ni la Grâce posthume d’un Poème, ni la Présence de la Face espérée ni la Divulgation d’un quelconque Secret. L’Oubli, du Fond des Années mortes nous a déjà et à jamais ensevelis. L’Oubli du Fond des Âges…..
|