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Il pleut
Il pleut ; par le jour gris de ma fenêtre ouverte
Fuse le bruit mouillé des routes de passage,
Tinte la voix rouillée des cloches du village ;
Il pleut - demain sans doute, l’herbe sera verte .
Le monde se drape en son chant retenu ;
L’ odeur de la terre s’insinue en mémoire,
Car c’est la même pluie, tout au long de l’ histoire,
Qui caresse des fronts enfantins ou chenus.
L’enfant s’habille et sort dans son imperméable ;
A la main de sa mère il confie un chemin
Quand soudain un matin, il pleut sur les érables ;
Il pleut, et c’est vieillir au soleil de demain.
Nous nous éveillions du pays du sommeil
Quand la pluie a toqué sur les volets battus ;
Je franchissais le pont de ton corps abattu ;
J’allais chercher ton âme au pied de l’arc-en-ciel.
Dans l’odeur des pins noirs nous marchions en silence,
On devinait l’orage à la lourde présence
De la torve chaleur des nuages muets ;
L’éclair allait frapper nos coeurs et la forêt.
Et puis sous cette pluie je t’ai accompagnée,
Une dernière fois, en silence et transi ;
Mais je ne pleurais pas, ce n’était que la pluie
Qui jouait sur mes joues ses accords buissonniers.
Qu’est-ce que la pluie, que l’éternelle vie
De l’eau recommencée de millions de rivages,
Saisie et ressaisie, par les vents asservie,
Infini de miroirs égrenant des images ?
Que resterait de nous - sans ces eaux qui voyagent
Au bout de l’horizon, du pas tranquille et sage
Des témoins éternels gonflés de souvenirs –
Qu’une invisible brise qui s’épuise à souffler,
Dans un ciel à jamais impuissant à frémir,
Sur des larmes d’amour qui ne peuvent couler ?
***
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